Sauver l’école béninoise ou sauver les défalcations ???

mercredi 18 avril 2012 par Arimi Choubadé

Le quartier latin enfin de retour ! Le génie béninois aurait accouché d’un énième arrangement autour de l’école. Reprise des cours, rétrocession en vue des défalcations sur salaire pour fait de grève, calendrier scolaire remanié, revendications salariales à revoir au profit des enseignants ; vers un apaisement du front social. Le pays retrouve son label de havre de la paix, de l’excellence et de la tranquillité. Tout le monde gagne ? Pas si sûr. Grands vainqueurs, les enseignants qui peuvent palper la moisson avec délectation : retour des moins perçus des défalcations pour fait de grève, bénéfice des congés de pâque, maintien du droit de grève et surtout réhabilitation des revendications initiales avec possibilité d’un déclenchement des hostilités en cas de nouveau blocage. De plus, ils sont redevenus fréquentables, respectables et dignes de s’inviter à la table du gouvernement. Oubliées, les virulentes tournées anti enseignant entreprises par des ministres, députés et autres conseillers du chef de l’Etat au plus fort de la crise. Sur le même registre que la mémorable colère présidentielle qui a fait dire à un ministre débordant de zèle que le chef de l’Etat serait devenu un « cabri mort ».

Honneur sauvé également pour le gouvernement. Il ne sera pas dit que c’est sous Yayi que le Bénin a connu sa première année scolaire blanche depuis l’avènement du renouveau démocratique. Même si au bout du rouleau, il a fallu abandonner le dessein initial de fermeté et d’intransigeance. C’est bien facile pour les refondateurs d’embrayer, après coup, sur l’immense mansuétude du chef soucieux de l’avenir des enfants et de la quiétude sociale. Ils peuvent également plaider la bonne foi du gouvernement dont la tournée n’aurait pas pour objectif de dénigrer les enseignants. Ce fut plutôt une manière de réaffirmer l’autorité de l’Etat et la nécessité de faire assurer le fonctionnement correct des écoles en attendant l’aboutissement des négociations.

Le ouf ! des parents, enfin délestés de la corvée de devoir garder les enfants en errance lors de la fermeture des écoles. Ouf ! surtout pour les promoteurs d’écoles privées puisqu’en bout de course, les élèves en classe d’examen pourraient espérer passer leurs différents examens. Cherchons alors dans ce satisfécit général le motif qui pourrait légitimement faire l’affaire des élèves des écoles publiques, ceux qui n’ont pas pu être épargnés des perturbations parce que leurs parents n’avaient pas les moyens de les y soustraire. Ce n’était pas forcément une bonne nouvelle pour un grand nombre d’entre eux de devoir rompre avec cette période de relâchement, de distraction et de cohue joyeuse en l’absence des maitres et des professeurs. Sans oublier l’amputation inévitable sur une partie des vacances consécutive à l’aménagement du calendrier initial.

Mais il y a pire désagrément que leur jeune-âge et leur insouciance ne permettent pas de déceler de si tôt. En effet, il y a bel et bien eu des perturbations de plusieurs mois sur une seule année scolaire. Et personne ne semble en vouloir évaluer les conséquences immédiates et futures sur le cursus des apprenants. Je ne peux imaginer que la violence et l’agitation entretenues à l’occasion de la grèves des enseignants au cours de l’année scolaire ne puisse avoir des répercussions sur les générations concernées à plus ou moins brève échéance. Les ingrédients du modèle de nation en devenir se mettent en place peu à peu, avec pour relève des élèves aux cursus scolaires et universitaires hachés par des grèves sauvages, d’interminables négociations sociales et d’indécentes agitations. L’école béninoise ne compte plus le nombre d’opérations de sauvetage dont il a été l’objet depuis plus d’une décennie. En plein 2012, on continue de considérer un simple processus de rétrocession de défalcation sur salaire comme un sauvetage pour l’école.

Ainsi se perpétue la légende du quartier latin…

Par Arimi Choubadé
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