La fermeté de la Cedeao ???

vendredi 20 avril 2012 par Arimi Choubadé

Admirez la nouvelle génération des chefs d’Etat de la Cedeao ! Tous habités désormais par un seul leitmotiv : plus de coup d’Etat dans leur giron. De mémoire de ouest africain on n’avait jamais vu un corps expéditionnaire composé essentiellement de chefs d’Etat prêts à se faire débarquer, eux-mêmes, par avion, dans la capitale d’un pays fraichement conquis par des putschistes, avec la ferme intention de réclamer le rétablissement de la légalité constitutionnelle, au plus tôt. Les tombeurs de Amadou Toumany Touré n’en croyaient pas leurs oreilles à l’annonce du débarquement d’une forte délégation de chefs d’Etats à Bamako quelques jours seulement après la prise du palais de Koulouba. Le président en exercice de l’Union Africaine, celui de la Cedeao, le prix Nobel de la paix 2011 plus deux autres chefs d’Etat de la Cedeao. Une seule mission : aller dire au capitaine Sanogo et compagnie qu’ils avaient à peine 72 heures pour débarrasser le plancher au risque de se voir déloger par la force militaire. Cela s’appelle de la fermeté ; même si l’accueil un peu trop bruyant des jeunes pro-putschistes maliens sur le tarmac de l’aéroport international de Bamako a fait avorter l’atterrissage de l’avion finalement détourné sur Dakar.

Je nous propose une analyse de mon confrère Jules Léandre Kiti sur les antennes de radio Tokpa à Cotonou, à propos de cette fermeté supposée de la Cedeao sur le dossier du coup d’Etat contre Att. Mon confrère fait avec moi le constat que la fermeté affichée des chefs d’Etat ouest africains n’a pu ramener le général déchu au palais de Koulouba. La seule porte de sortie à lui offerte fut une démission « arrangée » assortie d’une exclusion totale des négociations sur la transition. Pendant que les putschistes maintiennent leur traque implacable contre tous ceux qui incarnaient le régime sortant. En pleine négociations inter-maliennes à Ouagadougou sous la bénédiction de Blaise Compaoré, les derniers fidèles de l’ère Att se faisaient neutraliser un à un à Bamako et dans tout le reste de la République du Mali « amputée ». Le président intérimaire n’a même pas pu avoir le privilège de se choisir un premier ministre et a dû subir l’imposition d’une personnalité (originaire) de la même région que le capitaine Sanogo. Malgré l’impopularité annoncée des putschistes, l’armée continue d’observer une discipline déconcertante vis-à-vis des nouveaux maitres.

Par ailleurs, la réactivité sélective de la Cedeao selon qu’il s’agisse d’un coup d’Etat ou d’une rébellion irrédentiste n’est pas passée inaperçu. La rhétorique guerrière très en vogue lorsqu’il était question du rétablissement de l’ordre constitutionnel a littéralement fondu face à la déclaration d’indépendance du nord Mali. Curieusement, cette démonstration de muscle lors de la gestion de la crise malienne a eu très peu d’impact sur les militaires des pays limitrophes. Cela n’a pu dissuader les militaires bissau-guinéens, eux aussi, de mettre fin à un processus électoral par un coup d’Etat, exactement comme au Mali un mois plus tôt. La concomitance des cas malien et bissau-guinéen, quelques mois seulement après ceux du Niger, de la Guinée et de la Mauritanie fait craindre la naissance d’une nouvelle ère de remise en cause brutale d’ordres constitutionnels. Suivant un canevas désormais immuable : coup d’Etat-transition-élections. En dehors des proclamations de puissance et de la force de restauration de la démocratie, personne n’a encore vu la matérialité de l’armée communautaire capable de mettre hors d’état de nuire putschistes, rebelles, sécessionnistes et islamistes. Peut-être aussi une manière pour la Cedeao d’inventer un nouveau chapitre des relations interafricaines consistant à faire prospérer la démocratie par communiqués de presse interposés ; les actes demeurent à l’étape des intentions menaçantes. Avec l’efficacité que l’on connait.

« Le ferme ne proclame pas sa fermeté »…

Par Arimi Choubadé
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