Hollande l’a fait à Sarkozy…

lundi 23 avril 2012 par Arimi Choubadé

Reléguer un président de la République en exercice au deuxième rang d’une présidentielle ! Il fallait le 22 avril 2012 pour que cela se produise pour la première sous la 5ème République française. Surtout lorsque cela arrive à un certain Nicolas Sarkozy considéré comme l’un des surdoué de son temps, hyperactif, flamboyant, très compétent, doté d’une grande maitrise des grands dossiers de la nation, tribun hors pair, admirateur du modèle américain, interventionniste intransigeant à l’international. A vouloir jouer le coup de 2007 grâce à une droitisation tous azimuts du discours de campagne, il se met l’extrême droite sur les talons. S’annonce finalement un second tour qui requiert, en plus de ses innombrables qualités, des réflexes de trapéziste puisqu’il va lui falloir se tenir à équidistance de l’électorat de Marine Le Pen et de celui de François Bayrou. Comment séduire l’extrême droite sans effaroucher les centristes ? C’est-à-dire capter le maximum des électeurs aussi bien de Bayrou que de Marine Le Pen. On encore, faire en sorte qu’un report de voix massif des lepenistes ne produise pas un effet repoussoir sur les centristes.

La fébrilité ambiante chez les sarkozistes après les résultats sortis des bureaux de vote a quelque chose de pathétique. C’est François Fillon qui en donne l’illustration à l’occasion de sa déclaration depuis la primature. Sa posture d’un Premier ministre appelant solennellement à voter le candidat-président, debout devant un pupitre griffé « Matignon », avec en arrière plan tous les attributs de la République, le drapeau tricolore flottant à côté de celui de l’Union Européenne. Vu de Cotonou, cela donne des allures d’une utilisation abusive des attributs et des moyens de l’Etat à des fins de propagande que l’on croyait inimaginable chez nos maitres à penser. Un mandat tambour battant, de bling bling, de yoyo et de fracas pour en arriver à une campagne du désespéré entre les deux tours. Ils savent que rien ne pourrait effacer l’humiliation du premier tour. Dire que cela est arrivé à leur champion Nicolas Sarkozy.

La raclée du 22 avril va au-delà de la traditionnelle sympathie des opinions publiques africaines vis-à-vis de la gauche. Une inimitié entre la droite et les Africains née du début de la droitisation des gaullistes avec un certains Charles Pasqua comme ministre de l’Intérieur du gouvernement Chirac en plein cohabitation avec François Mitterrand. Les expulsions à tour de bras par charters entiers ont laissé des traces indélébiles dans les mémoires. Sans oublier la fameuse déclaration du même Chirac, en pleine euphorie des conférences nationales en Afrique, qui trouvait que la « démocratie est un luxe » pour les Africains. La plupart des dictateurs ou des fraudeurs de l’ « Afrique de la France » recrutent leurs soutiens et leurs parrains dans les rangs de cette droite qui a longtemps régné sur l’Elysée depuis l’avènement de la 5ème République.

Personne n’a oublié que les années de lumière sur les libertés en Afrique francophone remontent aux années de la gauche au pouvoir. Le discours de la Baule, les conférences nationales, la chute de certains dictateurs et l’ouverture au multipartisme ; ce fut l’ère Mitterrand qui semble avoir pris un coup d’arrêt au changement de régime. 17 ans après, la gauche est en passe de revenir. C’est forcément une nouvelle perspective qui s’annonce pour les pays africains. La politique étrangère française notamment africaine, même en période de cohabitation, a toujours été l’apanage de l’Elysée. L’évocation de la « Françafrique » a toujours rimé avec l’indécente suprématie des barbouzes et des milieux d’affaires sur la diplomatie. L’arrivée de la gauche pourrait inverser les tendances et sonner le glas de l’infantilisation de l’Afrique à travers le règne des tripatouilleurs, fraudeurs, détourneurs de deniers publics amis de la France.

A condition que Hollande transforme l’essai au 6 mai…

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Belle chronique, bravo. et cela démontre une fois de plus les limites de la tromperie, de l’incompétence et de l’argent ici comme aileurs. Science sans conscience....
    Plus le singe monte, plus il montre son derrière !

  • MONSIEUR CHOUBABE VOUS AVEZ TOUTE MON ADMIRATION !j’AI DU PLAISIR A VOUS LIRE.MERCI ET COURAGE

  • LE PEN l’avait fait à Jospin (et en mieux !)

    Allons prendre l’avis du "père spirituel" de Hollande (Lionel Jospin), il vous confirmera que le 22 avril de Sarkozy est, et de très loin, préférable au 22 avril de Jospin. A l’époque, c’était la première fois qu’un chef de gouvernement se faisait mettre K.O dès le premier tour d’une élection présidentielle. Je suis impressionné de cette analyse qui raille un candidat ayant obtenu son ticket pour la finale. Parce que, au-delà de la manière (un simple détail), l’enjeu était bien de se qualifier pour le duel final. Jospin n’avait pas pu le faire en 2002. Et n’en déplaise aux sondages qui avaient promis un trou, Sarko est au second tour, et avec quel écart ! Hollande l’a fait à Sarko ? Attendons d’être au 06 mai pour en avoir confirmation. Mais déjà, l’histoire a retenu que Le PEN l’avait fait à Jospin !!! Et de quelle manière !!!

  • Cher ami Yan, le premier chef du gouvernement exclu du second tour c’était Balladur en 1995 avec un certain Nicolas Sarkozy comme porte-parole et ministre du budget.

    • Vous avez parfaitement raison Arimi. La réaction de Yann ou plutôt la comparaison manque de pertinence et paraît des plus plus simplistes.
      Ce sont les mêmes gourous qui ont aidé Chirac à rempiler qui ont permis à la France "multiraciale" de remporter la coupe du monde 98.
      Alors, silence et trêve de légèreté. Faut-il lui rappeler que Chirac a gagné avec 82, % de suffrages.S’il remet une couche, nous allons poursuivre le débat