Enfin quelques vérités sur le coton…

mercredi 25 avril 2012 par Arimi Choubadé

Défaut de jachères ! L’expression est enfin lâchée. Les tabous commencent par tomber peu à peu à l’occasion des agitations autour de la campagne cotonnière 2012. Plusieurs protagonistes reconnaissent désormais, publiquement, sur les plateaux de médias, que les terres sont usées, surexploitées, fatiguées. Et surtout qu’il faut les laisser se reposer. Cela explique le déclin progressif de la production de coton dans plusieurs de ses girons traditionnels dont Banikaora, Gogounou, Kèrou, Bembèrèkè, Kandi etc… ; une bonne partie des départements du Borgou et de l’Alibori principalement. Les raccourcis liés aux caprices pluviométriques ne suffisent plus pour expliquer cette descente vertigineuse des tonnages, année par année. Visiblement aucun remède ne parvient à inverser cette tendance baissière, pas même les nombreuses dizaines de milliards du contribuable qui passent par cette filière.

Or jusque là, toutes les accusations ont toujours porté sur cette pluie qui ne vient pas à temps et en quantité suffisante. Parfois, l’indexe est pointé sur les querelles entre fournisseurs d’intrants qui s’accusent mutuellement de ne pas fournir des engrais de bonne qualité. De toute vraisemblance, le coton est devenu un enjeu politico-financier de premier choix, à l’origine des luttes de clans, des coups bas, des combines. Il fallait des conflits du genre de celui de la saison 2012 pour assister à des déballages tous azimuts. On y apprend comment c’est possible de manipuler les tonnages pour servir d’une part la propagande politique et d’une part, majorer les subventions. Le tout sur fond d’arrangements incestueux entre producteurs, égreneurs, fournisseurs d’intrants agricoles, agents de l’administration publique. La sainte alliance entre quelques initiés visant à tirer le meilleur profit au détriment de la grande masse des paysans.

Revenons au défaut de jachère très lourd de sens. Tout le monde avait presque oublié que le Bénin est un petit territoire dont les terres cultivables sont extrêmement limitées pour une agriculture de rente destinée à l’exportation. On se rend enfin compte que les sols sont usés, surexploités, fatigués, amortis dans l’Alibori et le Borgou notamment. Il faut du temps pour régénérer. Combien de temps qu’ils sont soumis au même régime chaque année ? 20 ans, 30 ans, 40 ans ? Les jachères pourraient durer autant sinon plus. Ailleurs, on a dû déplacer des populations entières vers d’autres destinations moins éreintées. Ramener à l’échelle du Bénin, cela voudrait dire que des populations de Banikoara, de Gogounou ou de Kandi pourrait être réinstallées à Djidja dans le Zou ou à Lalo dans le Couffo puisqu’il leur faut de nouveaux espaces, ne serait-ce que pour entreprendre des cultures de subsistance. Imaginez un projet de déplacement des populations du nord Bénin vers le sud dans le contexte des préjugés ethniques, religieux et politiciens du moment juste pour faire souffler des terres longtemps soumises à des méthodes de production totalement irresponsables et inadéquates depuis plusieurs années. A moins de continuer à entretenir à bout de bras et à coup de subventions une filière qui ne passionne plus personne y compris les premiers commis à son exploitation. On constate d’ailleurs la défection de nombreux paysans vis-à-vis de cette culture. Une résolution qui risque d’être trop tard dans beaucoup de régions.

Il est à se demander d’ailleurs pourquoi certaines structures qui se chargeaient d’environnement, de lutte contre la désertification, de diversification des filières ont subitement manqué de subventions et ont fermé une à une. Sinon on aurait découvert la supercherie un peu plus tôt. Ce qu’on ne dit pas assez, c’est que l’équipe de Soglo avait mis en route, à l’époque déjà, un programme de diversification qui devrait sortir progressivement le Bénin du piège du coton. Le piège transformé à présent en une grosse interrogation. Comment faire les jachères sans déplacer les populations ???

Il fallait y penser plus tôt…

Par Arimi Choubadé
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