Un monstre est né à Bamako…

vendredi 27 avril 2012 par Arimi Choubadé

Quelqu’un pour nous expliquer la nature exacte du régime politique en vigueur au Mali après la pacification imposée version Cedeao. Un président de la République par défaut avec un mandat et des pouvoirs aux contours ténébreux. Un Premier ministre dépourvu de toute légitimité sans un vote de confort de la représentation nationale. Un gouvernement hybride prétendu technocratique mais partiellement militaire. Un ex-président de la République constitutionnellement sous mandat honteusement exfiltré vers Dakar dont les partisans étaient carrément embastillés au moment des négociations de pacification sous l’égide du médiateur ouest africain. Des rebelles, maitres dans le nord, en attente de connaitre leurs prochains adversaires sur le terrain : l’armée malienne en débandade ou les troupes de l’Ecomog ? Des populations déboussolées complètement en rade du drame en cours. Des réfugiés abandonnés à leur sort dans les zones de conflit. Des Ong en attente de garanties sécuritaires afin de porter assistante aux nécessiteux de l’aide humanitaire.

Le prix à payer pour le fameux « consensus mou » orchestré par le généralissime Amani Toumany Touré. Des bisbilles dans lesquelles ne se retrouvaient certainement plus le capitaine Sanogo et ses camarades. Un système que l’on dit caractérisé par une opposition marginale, donc par une absence totale de débats nationaux. Tout se réglait entre quelques initiés cooptés au sein d’une caste dirigeante composée des courtisans du régime, des grands médias, des chefs religieux, des trafiquants en tout genre. De sorte qu’aucun sujet n’est définitivement tranché une fois pour de bon ; ce qui ouvre grandement la porte aux compromissions et aux transactions occultes. Même à la chute de Att personne n’a osé ouvrir le débat sur l’inventaire de ses deux mandats encore moins de ceux qui lui ont précédé avec Alpha Omar Konaré. Ce dernier a pris la route des institutions internationales et son successeur a été sorti de la scène par une porte dérobée.

Voilà que le modèle en vient à être érigé en terre d’expérimentation d’un hybridisme institutionnel inédit dans le pays. A la fin, le capitaine Sanogo tient fermement les rênes grâce d’abord au bunker inviolable que lui confère l’amnistie bénie par la Cedeao. Ensuite, le fait d’imposer ses empreintes sur les départements de la défense et l’administration territoriale lui offre sur un plateau d’or la conservation de la puissance de feu de tout le pays. Le véritable homme fort du pays, métronome incontournable. Et selon toute vraisemblance, il n’aurait même pas à s’occuper de la redoutable corvée d’une bataille contre la rébellion islamo-touareg puisque la Cedeao devrait s’en charger, dit-on. Le cahier des charges des putschistes se résume à la surveillance des allées et venues au palais de Koulouba de Bamako et des activités du front anti-putsch dont les dirigeants sont soumis aux répressions de rue et déportations sporadiques.

Lorsqu’on ajoute les tribulations en Guinée Bissau, on comprend aisément que toute perspective de démocratie durable devrait passer forcément par la prévention. Réinstaller un ordre constitutionnel brusquement mis entre parenthèses relève presque de la mission impossible. On voit bien que le Mali post coup d’Etat n’a plus rien à voir avec celui d’avant. La comparaison avec la Guinée Bissau ne s’arrête pas à la proximité des coups d’Etat de 2012. La posture de Sanogo, le censeur général du pouvoir au Mali, rappelle étrangement celui d’un certain Assoumane Mané qui faisait et défaisait les présidents bissau-guinéens dans les années 90. Les effets ravageurs de cette période se font encore sentir sur son pays plusieurs années après sa mort. Il est à craindre pour le Mali, le début d’un nouveau cycle d’aventures plus ou moins ambigües. Surtout avec le monstre institutionnel post coup d’Etat.

Le ver est déjà dans le fruit !!!

Par Arimi Choubadé
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