L’esclavage des champs de coton ???

mercredi 2 mai 2012 par Arimi Choubadé

Qui travaille dans les champs de coton ? On connait les guéguerres et les grandes crises politico-financières autour du coton : les intrants agricoles, les subventions, les usines, les camions. Les mémorables affrontements entre certains acteurs aux relents politiciens, lucratifs, mesquins voire ethniques occupent les grands titres des médias depuis plusieurs décennies. Les épisodes se suivent, les uns plus mélodramatiques que les autres. Depuis l’activisme anti-Soglo en zones cotonnières du nord jusqu’à l’arrestation du magna du secteur, Patrice Talon en passant par la guerre des intrants, les récurrentes spoliations de producteurs, les grognes sporadiques des transporteurs, la privatisation à polémiques de l’outil industriel de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra), les réformes etc… De quoi polluer régulièrement et durablement le climat sociopolitique. La malédiction de l’or blanc.

Par contre, des milliers de damnés abusivement exploités dans les champs, main d’œuvre frisant parfois l’esclavage, on n’en parle presque jamais. Même la désormais célèbre commission de l’Uemao appelée démêlée les enchevêtrements de la compagne cotonnière 2011-2012 les a royalement ignoré dans la répartition de la mangeoire. Aucun discours officiel n’échappe à la glose à propos de la grande majorité de Béninois qui vivraient du coton. 17% du Pib parait-il. Les statistiques manquent de préciser qu’il s’agit d’esclaves sans statut, sans salaire, sans protection sociale, sans retraite. Pourquoi ne pas ajouter l’incidence en Pib des clochards, des prostitués, les trafiquants, des faux placeurs et autres marginaux ? Les seuls protagonistes à avoir pion sur rue et droit de cité dans les médias, dans les foras et dans les rapports sont les producteurs, les égreneurs, les animateurs ruraux, les administratifs, les fournisseurs d’intrants. Eux seuls disposent de creusets organisés, subventionnés, managés et respectés. Nulle part, il ne fait état d’organisations de travailleurs liées à la plus importante culture de rentre de l’économie nationale. Leur recrutement, leur émolument, leurs conditions de travail constituent des tabous unanimement respectés dans le milieu. Les milliards et les passe-droits se partagent en leur nom et à leur insue.

La véritable énigme dans l’affaire c’est le comportement des statisticiens qui se refusent délibérément d’intégrer ces dizaines de personnes utilisées dans les champs de coton. Reste à savoir comment il apprécie la rentabilité du secteur sans y inclure la main d’œuvre. Domaine laissé à la discrétion des seuls exploitants beaucoup plus mus par leurs intérêts personnels. Le fait que quelqu’un utilise un fils, un frère, un proche dans son champ ne devrait pas l’exempter des obligations sociales de la législation du travail. Tout exploitant en possession de terres cultivées depuis une trentaine d’année dont on ne connait aucun agent déclaré aux services de sécurité sociale a un nom : c’est un esclavagiste. Ne lui parlez surtout pas de contrat de quelque nature que ce soit avec un employé.

Cet archaïsme social d’un autre âge explique pourquoi les prétendus producteurs demeurent eux aussi confinée dans une posture obscurantiste à l’origine de leurs déboires avec les administratifs et autres intermédiaires. Les exploitants surexploitent leurs employés et se font à leur tour arnaquer par les administratifs et les politiciens ; le cercle vicieux. Malgré tout le tintamarre autour des prétendus atouts de la filière, très peu de banques locales acceptent s’y aventurer. De sorte que plusieurs décennies plus tard, le Bénin « grand producteur » de coton ne dispose d’aucune technologie propre en matière de production. Tout vient de l’extérieur jusqu’aux intrants agricoles voire les semis. Des bureaucrates n’ont d’ailleurs pas hésité à choisir pour eux l’opportunité et la nature de machines agricoles nécessaires comme on le ferait à de grands enfants incapables de prendre leur destin en main. La suite se passe de commentaires.

Des esclavagistes attardés, dépouillés à leur tour ???

Par Arimi Choubadé
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