La conférence nationale à la place du parti politique ???

jeudi 3 mai 2012 par Arimi Choubadé

L’ardent désir de se parler. Diète du dialogue au pays inventeur des conférences nationales en Afrique. Cela se sent par la fébrilité exceptionnelle constatée chez de nombreux acteurs de la vie publique. Le florilège des solutions proposées traduit bien l’ampleur de l’attente des citoyens. Abdoulaye Bio Tchané en appelle à une autre conférence nationale ; Ganiou Soglo propose une conférence économique. Bruno Amoussou et Adrien Houngbédji (que beaucoup de choses divisent au sujet de la gestion de l’UN post K.O) revendiquent un dialogue national. Le chef de l’Etat promet le débat national après des offres de main tendue. Même la Cour constitutionnelle s’y était mise en érigeant le « consensus » au rang de principe à valeur constitutionnelle dès 2006, du moins en ce qui concerne la révision de la constitution. Ne parlons pas des autres machins chargés de porter à bout de bras la cohésion nationale à travers le médiateur de la République, les Hauts commissariats à la Gouvernance concertée et à la solidarité nationale etc...

L’unanimité n’est donc plus à refaire au sujet du besoin d’échanger. Sauf que le dialogue, le vrai, le Bénin l’a déjà connu : la conférence nationale, sorte d’états généraux sur la gouvernance et la démocratie, point de départ de la démocratisation de l’Afrique surtout dans l’espace francophone. Kérékou, à son retour au pouvoir en 1996 a rajouté la conférence nationale économique. Malgré tout, le modèle démocratique peine toujours à se parfaire sans parler du modèle économique plongée dans une spirale négative depuis lors. Très peu de solution aux nombreux problèmes qui se posent à la nation. Liste électorale moderne, réformes au port, coton, dialogue social, lutte contre la pauvreté, corruption : tous les chantiers de développement attendent de connaitre la meilleure formule pour prospérer. Bien que le pays ait connu en un demi siècle presque tous les modèles de système, depuis le régime des coups d’Etat jusqu’au renouveau démocratique en passant par le gouvernement (monstre) à trois têtes et la révolution marxiste léniniste.

C’est vrai qu’aucun des murmures n’évoquent la remise en cause du multipartisme. Mais presque tous minorent l’essence même du système à savoir les partis politiques. Les concepteurs sont certainement conscients de l’importance du dialogue et de la mise en commun des intelligences. Ainsi, au lieu de quelques jours de débats, de réflexions et peut-être de décisions au détour de conférences, de tables rondes, de foras, de rencontres ou d’assemblées, il a été institué des débats permanents à travers des creusets représentatifs. C’est le sens des partis politiques, laboratoire d’idées par excellence dont la vocation est la conception de projets de société convenables à l’ensemble de la nation. Un exercice qui commande la sollicitation permanente de plusieurs citoyens spécialisés chacun dans un domaine spécifique. De quoi entretenir la flamme de toute assise fondatrice de l’ampleur de la conférence nationale des forces vives de février 1990. Si les relais naturels que sont les partis politiques fonctionnaient correctement, la panne d’initiative n’aurait pas atteint un niveau aussi élevé au point où les latins en viennent à se comporter comme des crétins.

Il y a visiblement plus simple que la convocation de rencontres nationales par intermittence. Le Bénin devrait enfin cesser de faire du multipartisme sans partis politiques du fait de l’absence de toute règlementation saine et moderne quant à leur financement et leur fonctionnement. Abdoulaye Bio Tchané, Ganiou Soglo, Houngbédji, Amoussou ou tous autres citoyens pourraient ainsi faire valoir leurs idées et convictions respectives sans attendre la convocation de grands rendez-vous sporadiques, spectaculaires, budgétivores et inopérants. Il suffit donc de revenir aux fondamentaux de la démocratie représentative.

Parole aux partis financés sur fonds publics…

Par Arimi Choubadé
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