On ne finance pas que l’opposition…

vendredi 11 mai 2012 par Arimi Choubadé

L’essoufflement des contradicteurs de Yayi crève les yeux surtout après K.O électoraux de 2011. A court de motivation, de perspectives et de ressources financières, l’opposition peine à porter l’espoir de ces millions de Béninois en quête d’alternative sur les grands dossiers du pays. D’où le plaidoyer pour un soutien de l’Etat à l’opposition. Sauf que cette initiative n’offre pas beaucoup de garantie à l’instauration de l’éthique et de la morale dans la politique. Cela suppose en effet une reconnaissance officielle des détournements de deniers publics au profit de la majorité présidentielle ; et le financement de l’opposition comme une atténuation des effets induits des surfacturations, des gré à gré douteux, des frais de mission fantaisistes, des décaissements frauduleux. Si le Prd (seul parti de l’opposition déclarée) a besoin de ressources de l’Etat pour assumer sa mission d’opposition, la mouvance elle aussi, incarnée par Fcbe en a besoin également pour remplir son rôle de support politique du gouvernement sans qu’on ne fasse appel à des ministres, directeurs de structures publiques et autres commis de l’Etat sensés avoir des facilités de « puiser frauduleusement » dans les caisses de l’Etat. Tous les partis les plus représentatifs de l’opinion nationale devraient être éligibles à ce financement public quelles que soient leur obédience, leur tendance et leur aspiration. Une manière de donner une certaine autonomie à l’activité de propagande partisane.

L’argent public dans la politique est inéluctable en démocratie. Porteurs de projets pour le peuple, bâtisseurs de cité, dépositaires de la conscience collective ne sauraient payer de leurs poches leur engagement au nom de la nation. Une logique à l’origine du financement public des partis politiques dans les grandes démocraties. De sorte qu’aucun mécène connu ou occulte, aucun bailleur, aucun donateur ou aucun groupement d’intérêts privés ne puisse faire main basse sur le débat national et les grandes orientations de la nation. Sur la question de la nécessité d’une loi portant financement public du système partisan, il n’y a donc rien à redire. C’est grâce à ce genre de législation que, sous d’autres cieux, la justice traque et réprime tous les trésoriers douteux spécialisés dans les financements occultes des campagnes électorales. Tandis qu’au Bénin, la quasi-totalité du financement de la propagande politique provient de ressources occultes illégalement soutirées au trésor national.

Tous les gouvernements post renouveau démocratique ont perdu beaucoup de plumes sur le dossier de la moralisation de la vie publique ; puisqu’il est impossible à l’état actuel de la législation de savoir d’où vient l’argent avec lequel on organise les meetings et les marches de soutien, on distribue du riz et des victuailles aux électeurs, on assiste les militants éplorés, on réalise des ouvrages communautaires à des fins électoralistes. C’est une évidence que la démocratie du paradoxe, le dénie voire le mépris institutionnel à l’encontre des partis politiques en vigueur au Bénin ne saurait prospérer bien longtemps. Le parti socialiste français n’aurait jamais pu porter l’estocade victorieuse contre Sarkozy s’il n’avait pas bénéficié de moyens de l’Etat français.

Plus qu’un quelconque statut de l’opposition, c’est le statut des partis politiques qui urge en conformité avec l’article 5 de la constitution leur réservant l’exclusivité de l’animation de la vie publique. En réclamant de l’argent public sur une base légale pour eux-mêmes les opposant devraient exiger une traçabilité tout aussi légale de tout l’argent destiné à leur vis-à-vis de la mouvance au pouvoir. Parce que chaque camp en présence est supposé prêcher pour le bien-être de la veuve et de l’orphelin, la grandeur de la nation et le bonheur du peuple. Cela mérite bien un coup de pouce de l’Etat.

Que tout le monde passe à la caisse sous la lumière du jour…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1077-on-ne-finance-pas-que-l-opposition.html