Les experts du papier ???

mercredi 23 mai 2012 par Arimi Choubadé

Peut-être le rapport miracle tant attendu, susceptible d’avoir, enfin, un effet sur la très controversée Liste électorale permanente informatisée (Lépi). Le rapport des experts de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oit) est disponible depuis février 2012. Aucun autre auparavant (celui de la commission mise sur pied par le chef de l’Etat et celui des parlementaires) n’avait permis d’obtenir la moindre remise en cause de ce fichier électoral que l’on dit révolutionnaire et très important pour l’amélioration de la gouvernance au Bénin. Aucun autre moyen n’a eu plus de succès à savoir : médiation du clergé catholique ; initiative des anciens présidents de la République ; loi dérogatoire arrachée à la sauvette à la veille des scrutins de 2011 ; violation du délai constitutionnel pour la tenue des mêmes scrutins ; marches de protestations de députés, de présidentiables, d’élus locaux, de citoyens privés du droit de vote. La marche forcée de la tristement célèbre liste devrait se poursuivre, nonobstant protestations et appels à la raison.

C’est déjà un exploit pour les envoyés de Abdou Diouf de disposer de quelque chose qu’on appelle « Lépi » et d’en apprécier la teneur par eux-mêmes. Même les très sages de la Cour constitutionnelle n’ont pu en constater par eux-mêmes l’effectivité de cet élémentaire outil électoral au moment de trancher le contentieux né de la présidentielle de 2011. Il leur a fallu appeler à la rescousse des « témoignages » des membres de la Commission électorale nationale autonome (Cena). On peut donc lire dans la décision du 29 mars 2011 que : « lors de l’audition des membres de la Cena, le président et le vice-président de cet organe ont affirmé qu’il existe une liste électorale constitutive du corps électoral pour le scrutin du 13 mars 2011 ». Une réponse de la Cour à certains candidats qui se plaignaient, entre autres choses, de ne pas disposer de la liste électorale avant le scrutin. Mais apparemment les gars de l’Oit ont réussi à mettre la main sur quelque chose qui ressemble à la très mystérieuse liste électorale qui, bien qu’inconnue des principaux acteurs de la vie publique béninoise, ferait encore la fierté de la représentante de l’Union Européenne au Bénin.

A la lecture du rapport de février 2012, on est frappé par l’attachement quasi exclusif des rédacteurs aux documents et autres supports fournis par les concepteurs de la Lépi. Les appréciations se fondent exclusivement sur la comparaison entre le projet initial et les résultats obtenus. Et pourtant ils auraient rencontré la classe politique et la société civile dans leurs différentes composantes. On peut s’étonner que ces derniers n’aient rien dit sur les conditions de réalisations des différentes étapes de cette Lépi. Agents recenseurs envoyés dans des zones complètement désertées par les populations pour cause d’inondation ; artisans recrutés en lieu et place de géographes ; séances de formation écourter pour cause de révoltes des agents ; confiscations de documents de recensements par des agents mal payés ; soubresauts politiciens au niveau des instances de gestion du processus. Aucun mot sur le refus catégorique des banques et même des agents des frontières de reconnaitre une quelconque crédibilité aux cartes délivrées sur la base de la Lépi.

A force de s’enivrer avec des données « pourries », les experts de l’Oit on fini par relayer des statistiques susceptibles de faire dresser les cheveux sur les têtes de tous les exclus du processus. A propos surtout de la mention que 83% de l’électorat potentiel aurait été enregistré par la Lépi. Comme si le million et plus de citoyens réduits en spectateurs impuissants lors des votes de 2011 n’ont jamais existé. Une sorte de refus de citoyenneté à des gens qui ont perdu leur droit de vote sans au préalable avoir été condamnés à cet effet.

La Lépi n’est pas seulement pourrie par ces textes…

Par Arimi Choubadé
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