Où sont passés les arbres de Banikoara ???

vendredi 1er juin 2012 par Arimi Choubadé

Néré, kapokier, baobab, manguier, anacarde, figuier, nems ; tous presque disparus, remplacés par des emblavures de coton, à perte de vue. Toujours plus de coton, encore plus, chaque année. Banikoara devrait aussi avoir une palme nationale ; il a finalement hérité de celle de la capitale du coton. Prix à payer pour cette distinction ; destruction sauvage d’essences végétales parfois multi centenaires très appréciées jusqu’au-delà des limites de la localité. Adieu cette belle époque où, quelle que soit la saison, il y avait toujours un fruit dont pouvait se nourrir gratuitement une grande partie de la population. Que dire de cette période où les vendeuses de afintin (moutarde locale) d’Abomey et environ affrontaient, à bord de camions branlants, les routes caillouteuses de Banikoara à la recherche de pépin de néré ? La localité s’est rendue également célèbre dans tout le pays et ailleurs dans la sous région pour la qualité de son karité au beurre très prisé. La grande majorité des Cotonois ne savait pas que les matelas artisanaux en vogue avant la mousse étaient confectionnés avec du kapok venu de cette partie de l’Alibori. De l’histoire ancienne.

Désormais à Banikoara, la bitume flambe jusqu’à Kandi. Usines, boites de nuits, de nombreuses attractions et surtout beaucoup de champ de coton dans les faubourgs ; pour ne pas dire exclusivement du coton. Les greniers de mil, de fonio, d’igname, de maïs ont été remplacés par des hangars de fortune sous lesquels s’amoncèlent les fameuses touffes blanches. Les camions débarquent avec des vivres et repartent charger d’or blanc. Une tendance qui connait quelques perturbations ces dernières années puisque si les camions de vivres se font plus nombreux et plus remplis, les chargements de coton, eux, par contre, se raréfient. Les rentiers de la filière évoquent pudiquement de prétendues caprices de pluviométrie pour justifier la contreperformance.

C’est connu de tous que le nord Alibori est assimilé au sahel soumis aux affres du changement climatiques. Plus de 20 ans qu’on y parle de la lutte contre la désertification à Banikoara et environs. Ce qui n’a pas empêché les programmes d’incitation à la production et à l’exportation du coton brut avec son corollaire d’abattage systématique des autres essences végétales. En effet, la peur de voir des arbres contaminés les cotonniers a poussé les producteurs à détruire tout autre végétal à plusieurs mètres voir kilomètres à la ronde. Pendant que les cotonniers sont soumis à des traitements à haut risque à l’aide d’intrants agricoles dont la nocivité pour le sol a été démontrée par plusieurs spécialistes. Ces derniers ainsi que des agences (publiques ou non) spécialisées dans la lutte pour la sauvegarde de l’écosystème comme le Pacipe, l’Abe et autres ont été réduits au silence faute de moyen pendant qu’on observe une escalade des subventions à l’endroit de la production de coton.

La question est de savoir ce qui va rester aux générations futures ? Ce n’est pas évident qu’elles puissent trouver l’« or blanc » en héritage à voir la chute drastique de la production. Le sol entièrement surchargé de substances toxiques aurait atteint un degré de saturation très avancé. Impossible pour elles, également, de revivre l’époque des arbres centenaires à mille atouts. Surtout que les questions de reboisement et de lutte contre la désertification ont totalement disparu des discours officiels. Tous parlent d’amener le peuple vers le bonheur grâce au coton. En d’autres termes, les défis écologiques et environnementaux ne sont pas encore à l’ordre du jour. Jusqu’au jour où on serait contraint de lancer un programme de relogement des déplacés éco-sinistrés vers d’autres terres moins abimées, peut-être vers Lalo, Djidja, Sakété, Adjohoun ou Pahou.

A Banikoara, les 1er juin se suivent et se ressemblent, sans arbres…

Par Arimi Choubadé
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