Ce « génie » béninois qui nous cause tellement de tort…

vendredi 8 juin 2012 par Arimi Choubadé

Un pays de génies ; des intelligences au dessus de la moyenne ; inventeurs de beaucoup de concepts dont la conférence nationale et le renouveau démocratique en Afrique. Evangélistes et colons avaient d’ailleurs vu, en ces Dahoméens devenus Béninois, d’exceptionnels relayeurs utilisés partout dans la sous région pour enseigner la bonne parole et la bonne science. C’était déjà le quartier latin de l’Afrique dont les fils étaient de dignes descendants des ancêtres gaulois. Toute fantaisie venue de ce Dahomey devenait aussitôt un acte de génie : les coups d’Etat (pionniers en Afrique), le gouvernorat à trois têtes, la révolution marxiste léniniste, les camps de torture, la conférence nationale, la Lépi, la Haac, l’article 68 de la constitution… On peut multiplier à souhait les actes de génies repris par l’autocélébration.

Une seule question vient à l’esprit, celle de savoir comment des génies en sont arrivés à l’impasse sociopolitique où il n’existe pratiquement plus aucune solution à aucun problème. Chaque petit problème devient une crise surdimensionnée. Au pays des génies, impossible de mener des réformes économiques et institutionnelles à bon port ; de faire travailler des enseignants durant une année scolaire sans grèves ; de développer la seule filière agricole d’exportation ; de régler une petite querelle au sein d’une fédération sportive… Les génies peinent à établir une liste électorale moderne ; ne parviennent pas à réduire les foyers de pauvreté ; végètent dans un système où personne ne connait d’où vient l’argent utilisé lors des campagnes électorales. Toute la chronique aurait pu être consacrée à un listing des disfonctionnements au quartier latin sans que les lecteurs ne puissent étancher leur soif. J’oubliais que c’est dans ce havre de l’intelligence que des génies, plusieurs décennies durant, se sont amusés à embastiller, tuer, persécuter d’autres génies juste pour le pouvoir.

Une nuance mérite cependant d’être faite sur le concept de génie béninois, à différencier de la « béninoiserie ». Ce dernier n’est rien d’autre que la manifestation de la méchanceté humaine qu’on retrouve dans toutes les sociétés à l’instar des « chinoiseries » en Chine. Ceux qui se vantent généralement du fameux génie béninois se targuent d’une vertu extraordinaire qui n’existe qu’en terre béninoise. Cela a même donné naissance à un autre non moins célèbre tirade : « le Bénin a toujours étonné le monde ». Pour le moment, ce sont les ¾ de citoyens privés d’électricité et d’eau potable qui s’étonnent d’être encore dans cet état malgré toute l’intelligence au sommet de l’Etat. On peut rajouter l’étonnement des cotonculteurs de Banikoara à la merci d’un désastre écologique imminent dans une indifférence totale. Ne parlons pas de l’étonnement sur les places de marché face à la mévente généralisée.

Toute la légende de génie a été bâtie sur un refus total de modestie et de discernement malgré les égarements. A l’image du tapage tonitruant autour du passage pacifique de la dictature à la démocratie, fruit unique du génie béninois. Subitement, sans contrainte, le génie se serait réveillé et aurait suggéré aux Béninois d’abandonner le régime marxiste léniniste et de faire une conférence nationale assortie d’une transition pacifique vers des élections pluralistes. Comme si la chute du mur de Berlin n’avait jamais existé. Les parrains communistes au pouvoir dans les pays de l’Est avaient déjà commencé par se saborder dès 1989 en faisant cesser le dirigisme du parti sur l’Etat. Et si le génie béninois se contentait désormais de se référer à la science et à l’universalité, c’est-à-dire des méthodes et préceptes admis partout sur la planète ? Et non chercher à étonner ou à s’étonner. Si seulement les recettes « géniales » ou « surprenantes » pouvaient désormais faire place aux recettes conventionnelles, universelles, scientifiquement admises. On aurait pu apprendre à être comme l’autre, « normal ».

Plutôt que de miser sur un génie qui nous égare…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1089-ce-genie-beninois-qui-nous-cause.html