Des Tontons Macoutes à Cotonou ???

jeudi 14 juin 2012 par Arimi Choubadé

Quelqu’un pour nous rassurer que ce n’est pas ici au Bénin qu’un officier supérieur de l’armée et un commissaire de police s’envoient des invectives, sur la place publique. Et que les propos diffusés n’ont pas été enregistrés dans les rues de Port-au-Prince aux heures sombres des milices mafieuses et des Tontons Macoutes. Le chef de flic menace de trainer des militaires devant le tribunal ; le haut gradé de l’armée de l’armée menace à son tour de réduire le tribunal et le commissariat central en gravats. Tout cela étalé dans les médias béninois. Une semaine avant, militaires et policiers s’étaient livrés à une violente rixe : à l’origine 4 soldats ont décidé de refaire le portrait à un agent de police en civil. Des renforts venus des deux côtés avaient manqué d’envenimer les choses de justesse, en présence des nombreux promeneurs nocturnes très fréquents sur l’esplanade du stade de l’amitié.

Le détestable spectacle de gens publiquement passés à tabac, maltraités, humiliés par des agents en uniforme fait désormais partie du quotidien des citoyens. Sans que cela ne déclenche auprès de ces derniers le moindre sentiment de révolte ou de rébellion. N’importe quel quidam affublé des insignes de la République se croit investit du droit de cogner sur tous ces compatriotes en civil. Un excès de suffisance et d’arrogance qui leur joue parfois de mauvais tours lorsqu’ils en arrivent à s’esquinter mutuellement sans s’en rendre compte. Les esbroufes au stade de l’amitié s’inscrivent dans cette rubrique-là. Des incidents entre forces de défense et de sécurité ne provoquent plus donc le moindre émoi auprès des Béninois. Si le super commissaire central de Cotonou n’avait pas décidé de faire son numéro de pacificateur à l’issue de sa prestation guerrière médiatisée. Et depuis, les passions s’emballent.

Le fait nouveau, cette fois-ci, c’est la facilité avec laquelle des officiers de l’armée et de la police ont accès aux médias à propos d’une crise de ce genre. Tels des chefs de milices rivales engagés dans une guerre psychologique et de mobilisation des troupes en prélude à une offensive généralisée. On parle même de pourparlers et de négociation comme le feraient des entités autonomes ne dépendant pas toutes de la même hiérarchie. Moi qui croyais bêtement qu’il suffisait d’un coup de fil entre les deux ministres de tutelle (Yayi Boni de la Défense et Benoit Dègla de l’Intérieur) pour sonner la fin de la chienlit. Et que tous ceux qui se sont épanchés dans les médias sans autorisation préalable de leurs autorités respectives devraient êtres soumis à la rigueur de la loi. La menace d’attaquer le commissariat central et le tribunal en plein centre de Cotonou de la part d’un officier de l’armée est trop sérieuse et beaucoup plus dommageable à l’ordre public qu’une marche pacifique de protestation de quelques jeunes chômeurs à mains nues.

A espérer qu’encore une fois le tristement célèbre génie béninois ne s’immisce dans le débat et ne débouche sur un de ces compromis faits de favoritisme, de clientélisme et de complaisance. Dans un Etat républicain, les auteurs de coups et blessures devraient en réponde devant les instances judiciaires ou réglementaires assermentées. Un officier de l’armée qui menace publiquement le commissariat central et le tribunal de Cotonou d’attaque ou un chef de la police qui s’en prend à des militaires doivent chacun recevoir la réponse appropriée suivant les textes de la République. Sans oublier l’obligation pour les supérieurs hiérarchiques des auteurs de ces actes de venir faire amende honorable auprès de l’opinion publique traumatisée par ces proclamations de puissance et d’arrogance. En plus de restaurer l’autorité de l’Etat, il convient de réhabiliter la discipline au sein des « corps habillés ».

Charité bien ordonnée…

Par Arimi Choubadé
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