Cette amnistie venue du Bénin, qui souffle sur l’Afrique…

lundi 18 juin 2012 par Arimi Choubadé

Blaise Compaoré veut aussi sa loi d’amnistie, le magique coup d’éponge capable d’effacer tous les actes répréhensibles au nom de l’exercice du pouvoir d’Etat. Une trait noir sur tout, vraiment tout : détournements massifs de deniers publics, parjure, concussion, tortures, violation des droits de l’homme, prédation des libertés fondamentales y compris crimes de sang. Depuis 1960 à nos jours. Cette chose exceptionnelle expérimentée avec succès par le quartier latin de l’Afrique et inventeur des conférences nationales, le Bénin. L’absolution générale de tous les péchés et invitant tous les citoyens à faire preuve d’une amnésie sélective à l’endroit des princes qui les ont géré. victimes et proches appelés à faire leur deuil, en silence, sans même chercher à comprendre. Aucune ligne dans ces lois à d’éventuels dédommagements pour les préjudices subis. Ce qui compte, c’est la jouissance tranquille des rapines tirées des différents forfaits par les bourreaux fraichement reconvertis à la démocratie. Aucun crime politique, même les plus abjects, ne sera donc puni dès le vote de cette loi.

Ce n’est donc pas les Béninois qui oseraient jeter la pierre à cette amnésie légale en cours d’institution chez leurs voisins. 22 ans déjà que tortionnaires et pilleurs de l’économie nationale (identifiés de 1960 à 1990), se la coulent douce, grâce à un texte consacrant l’impunité totale et générale. Bien qu’ayant tué, mutilé, torturé, violé, volé le bien public, les barons de l’ancien régime ont été remis à neuf dans le nouveau système politique. Tous conservent tous leurs droits ; tous y compris ceux qui ont ôté à certains de leurs compatriotes leur droit de rester en vie, d’étudier, de vivre en quiétude sur le territoire national, de travailler et même d’exprimer leurs opinions. Presque partout dans l’« Afrique de la France », ces amnésies légales ont été distribuées comme de petites gratifications à des régimes dictatoriaux. Le point d’orgue de cette impunité légalisée au Bénin, fut le retour au sommet de l’Etat de l’ancien métronome de ce règne meurtrier. Encore du génie (maléfique) béninois qui a fait tâche d’huile à Madagascar, au Congo-Brazzaville, en Guinée-Bissau, etc...

En plus des dictateurs en préretraite, on retrouve de plus en plus les putschistes et autres redresseurs de démocratie sur la liste des bénéficiaires de ces genres de garantie après crime. Sanongo, Daddis Camara, Abdel Aziz, Salou Djibo. On assiste finalement à une réécriture de l’histoire politique à l’aune de ces lois d’« amnésie » tous azimuts. Plusieurs faits sont ainsi retirés du débat national parce soustraits de toute inquisition judiciaire, administrative, politique et même scientifique. On voit mal en effet, un Etat financé, encadré ou promouvoir des recherches d’ordre historique sur des actes qu’il a tenté de faire oublier. Des attitudes qui justifient à souhait que l’autre vienne dire « que l’homme africain n’est pas entré dans l’histoire ». Surtout que les décideurs autoproclamés se chargent de nettoyer cette histoire en ne rendant audible que ce qui arrange leur passage à la tête de leurs Etats respectifs.

A la vérité, ce désir d’amnésie collective imposée ne fait pas recette partout sur le continent. L’exemple sud-africain vient rappeler la nécessité pour chaque peuple d’assumer son histoire quelle qu’elle soit. Au lendemain du régime ségrégationniste de l’apartheid, l’Afrique du sud avant de pardonner s’est donné les moyens de faire connaitre la vérité à travers la commission Vérité, justice et réconciliation présidée par l’emblématique Mgr Desmond Tutu. L’amnistie a été individuellement accordée aux tortionnaires après jugement. Occasion pour les bourreaux de se retrouver en face de leurs victimes et de demander pardon après avoir été convaincu des faits incriminés. La vérité a donc été connue avant le pardon. L’exemple du Bénin a été tout autre : pardonner aux bourreaux et narguer les victimes et leurs proches.

Conséquence : l’impunité et la mauvaise gouvernance reviennent au galop…

Par Arimi Choubadé
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