La raison d’Etat en attendant le cataclysme écologique…

mercredi 20 juin 2012 par Arimi Choubadé

La malédiction du coton n’en finit pas d’égrener son macabre scénario. En attendant l’arrêt définitif de l’empoisonnement massif du sol à Banikaora, Gogounou, Kèrou, Kandi et régions ; en attendant le constat de l’improductivité totale des terres de cette ceinture cotonnière ; en attendant le départ en exile « agricole » des cotonculteurs ; en attendant une avancée notable du désert au nord Bénin, et en enfin en attendant de sérieuses perturbations des finances publiques liées aux mirobolantes subventions de la production du coton… En attendant donc ce désastre sociopolitique imminent de l’avis de nombreux experts, c’est la « raison d’Etat » qui s’invite au débat. Au point où on soit contraint d’envoyer l’armée à la recherche d’intrants agricoles sur terre comme sur mer. Juste pour sauver quelques tonnes d’un produit qui n’intervient que très peu dans la consommation interne.

Les paysans doivent être les premiers surpris par tous ces efforts déployés en leur nom et pour leur bonheur. Ministres, militaires, navires de guerre, bateaux et fournisseurs d’intrants, tous mobilisés autour de la campagne cotonnière 2012-2013 que tous les indicateurs vouent pourtant à un échec certain, en considérant les contraintes liées au temps et à la disponibilité des engrais auprès des producteurs. Les premiers concernés, c’est-à-dire les cotonculteurs quant à eux sont réduits au rôle de spectateurs passifs ou de marcheurs de circonstance parfois. A peine si quelques-uns parmi eux ont conscience de toute la guéguerre autour des intrants, toujours indisponibles ou insuffisants, alors que la saison est largement entamée et qu’il n’y a pas de moyens de reprogrammer la pluviométrie déjà capricieuse en temps normal. Le chrono file à grande vitesse sans que l’édition 2012-2013 ne soit définitivement bouclée. Les tensions et les réconciliations s’alternent, les unes plus spectaculaires que les autres, entre les différents protagonistes à savoir le gouvernement et les fournisseurs d’intrants.

Et pourtant personne ne peut reprocher objectivement à l’une ou l’autre des parties d’être animé de mauvaise foi ou de miser sur un échec de la campagne en difficulté. Les ministres n’ont d’ailleurs eu besoin de personne pour dire combien le bonheur des paysans les préoccupe au plus haut point ; le recours à l’arme ultime de la « raison d’Etat » l’illustre éloquemment. Un amour du paysan, prétendument désintéressé et qui n’obéirait à aucune contrainte électoraliste. Chiche ! De la même manière que le principal fournisseur en cause dans cette affaire en l’occurrence, l’homme d’affaires Patrice Talon, ne saurait être honnêtement suspecté de saboteur de la cette filière à laquelle il doit tant. Une année blanche cotonnière équivaut pour lui une perte sèche sur la vente des intrants. Pire, on sait que le même opérateur contrôle la quasi-totalité des usines d’égrenage de coton du pays. Ce qui le place en position de principal utilisateur du coton produit dans les champs. Il se tirerait une balle dans le pays en compromettant la saison cotonnière puisque cela le priverait d’opportunités aussi bien en vente d’engrais mais également en fourniture de matières premières pour son complexe agro industriel.

Par contre il y a une catégorie d’acteurs d’un genre bien particulier. Il s’agit des intermédiaires, fonctionnaires, rentiers et autres barons locaux uniquement préoccupés par les commissions et retro-commissions autour des livraisons d’intrants. L’essentiel pour eux ; c’est prendre leur part des subventions sorties des caisses de l’Etat. Tant pis si ces livraisons ont lieu hors délai. Pour cette race d’intervenants, l’évocation de la raison d’Etat est une plus qu’une aubaine. Il convient donc d’évaluer leur part d’influence dans la persistance de la crise des intrants et de ces débordements.

Que de déboires avec ce coton-là…

Par Arimi Choubadé
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