La Lépi à l’étranger ?

lundi 9 juillet 2012 par Arimi Choubadé

Le fichier des électeurs béninois ne se trouverait pas sur le territoire national. Par bribes, les secrets sur le Lépi se dévoilent. Un autre pan a été livré par un des acteurs de premier plan, député de son Etat, suite à sa déclaration selon laquelle le fameux fichier serait disponible au Pnud. Curieux sort pour cette liste électorale introuvable au Q.G. des partis politiques, au ministère de l’Intérieur, auprès des potentiels candidats aux différentes élections, auprès des députés et même dans les rédactions. Elle ne serait finalement consultable qu’à l’étranger si l’on se réfère au principe d’extraterritorialité dévolu à toutes les représentations diplomatiques établies au Bénin. On comprend d’ailleurs pourquoi les experts de la Francophonie venus l’auditer n’ont pas eu trop de difficultés à se procurer de la matière. Juste un échange de bons procédés diplomatiques entre deux institutions internationales à savoir l’Oif et le Pnud. Même la Cour constitutionnelle n’avait pas eu droit à ce privilège pendant qu’elle tranchait le contentieux électoral lors des élections de 2011 puisqu’elle avait dû recourir aux témoignages « oraux » du président de la Commission électorale nationale autonome et de son vice-président pour conclure à l’existence de la liste électorale.

La structure parlementaire en cours d’installation dans le cadre de la correction de la Lépi devrait remercier l’auteur de la révélation du lieu de conservation du célèbre fichier. Précieuse permettant de ne pas perdre beaucoup de temps à rechercher quelque chose introuvable sur le territoire national. Reste à contourner l’écueil diplomatique puisque que le parlement n’a pas de mécanisme de saisine direct d’une institution internationale sans l’aval du gouvernement ; formalité supplémentaire indispensable à la mise à disposition de la Lépi à la commission de correction. Alors seulement, les Béninois seront édifiés sur le degré de fiabilité du fichier des électeurs et l’ampleur des retouches à apporter. Nul doute que ce chantier exigera de nouvelles ressources et certainement l’intervention du Pnud qui ne saurait se contenter d’un vulgaire rôle de gardien de luxe du fichier électoral.

C’est peut-être le prix à payer pour la modernisation du processus électoral national jugé paléontologique par les « amis » du Bénin. Il était intolérable d’admettre ce genre de pays dans le cercle huppé des nations évoluées. Les Béninois étaient donc indignes d’avoir la garde de ce qu’ils ne sont pas capables même s’il s’agit de leur fichier électoral. Reste à savoir si la détention de la Lépi reviendrait au Bénin dès la fin du processus de correction surtout si le pays n’est toujours pas capable d’apporter les ressources nécessaires à la réussite de l’opération. Le respect de la souveraineté a également son cout que le pays ne semble toujours pas en mesure de payer.

Cet épisode devrait également servir à éclairer le million et plus de citoyens en âge de voter exclus des processus électoraux de 2011. Toute leur agitation de l’époque visant à les enrôler avant les scrutins n’avait aucune chance d’aboutir parce que les responsables nationaux associés au projet de réalisation de la Lépi y détenaient des prérogatives très limitées. Même le recours à la médiation du clergé ou des anciens présidents de la République n’avait eu aucun effet sur les tentatives de sauvetage des oubliés de la liste. Tant et si bien que la Cour constitutionnelle ne pouvait que jurer sur l’autorité de la jugée afin de maintenir la marche forcée. Apparemment, la chose jugée ne s’offusquerait plus de perdre enfin son autorité puisqu’on parle de correction de la même loi pourtant non révisable il y a un an.

Il va falloir enfin penser à doter la Lépi de la nationalité béninoise en plus de la pnudienne…

Par Arimi Choubadé
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