Est-ce que Yayi n’a pas raison ?

lundi 6 août 2012 par Arimi Choubadé

Sans souscrire à l’appel à des supporters du Bénin profond contre les adversaires politiques ; à la hiérarchisation sociale des individus en fonction de leurs diplômes ; aux noms d’oiseau ; à la désinvolture dans le discours ; ou à la logique de bras de fer systématique sur presque tous les grands dossiers de la nation (port, coton, foot, syndicat). Cela dit, il n’en demeure pas moins vrai que beaucoup de gens devraient logiquement se retrouver à travers certains morceaux choisis de la prestation télévisée du Chef de l’Etat, diffusée le 1er aout. Le professeur Roger Gbêgnonvi doit en principe être en grande jubilation en entendant des hommes politiques se faire traiter de « petit ». Lui qui exultait au lendemain de la présidentielle de 2006 sur une prétendue faillite de la classe politique au point d’en faire une thèse d’universitaire.

Les acteurs de la vie publique eux-mêmes ont eu plusieurs fois l’opportunité de mieux sécuriser leur stature. Pour avoir tutoyé le sommet de l’Etat et détenu d’importantes parcelles du pouvoir, ils auraient dû songer à une législation stricte sur le financement public de sorte à éviter de demeurer « petits » dans la lutte au pouvoir. De leurs différents passages dans les arcanes du pouvoir on ne retient que les techniques de fragilisation des ensembles politiques ayant émergés au sortir de la conférence nationale. Le Madep a été lancé contre le Prd, Force Clé contre la Rb, le Car contre le Fard, l’Upd-Gamèsu contre le Psd. La grande époque de Kérékou II où la politique rimait avec parcs de véhicules d’occasion, fric, fraude et trafic ; le « Bénin du futur » en construction. Nous y voilà ! Les nouveaux riches ne se contentaient plus de jouer aux mécènes de la compétition politique ; ils pouvaient solliciter eux-mêmes directement les suffrages universels. Une sorte de légitimation du financement occulte de l’activité de propagande considéré sous d’autres cieux comme un délit passible des tribunaux. Le comble, lorsqu’en panne d’argument face au déclin de son parti, un autre grand théoricien, Albert Tévoédjrè « inventait » l’enrôlement de la société civile sur les listes de candidature aux élections et même au gouvernement. C’était en 1998-1999. Quelques mois plus tard le gouvernement a enrôlé quelques personnalités se réclamant de la société civile dont Ouinsou Conceptia avant qu’elle ne rallie la Cour constitutionnelle.

Les syndicats se surprennent à être aussi des « petits » après les multiples rendez-vous manqués auxquels ils ont habitué l’opinion. Personne n’a jamais compris comment prennent fin subitement les grèves sans que les revendications n’aient été satisfaites. Les Béninois n’ont pas oublié toutes les agitations de syndicalistes autour de la réalisation de la Lépi. Ils avaient même prévu un gigantesque mouvement de protestation à l’occasion de la prestation de serment du 06 avril 2011 à la suite du K.O. Toute une prédisposition qui, au dernier moment a fait curieusement pschitt ! sans qu’on ne sache trop pourquoi et comment. Ne parlons pas des religieux, « petits » eux aussi, complètement discrédités pas les compromissions, l’appât de rente, les scandales et la proximité trop poussée avec les officines partisanes.

On pourrait également parler de la position de rentier des associations de professionnels des médias obnubilées par ce qui est pompeusement appelé : « aide de l’Etat à la presse privée ». Au bout d’une quinzaine d’années de cette pseudo-aide, l’entreprenariat de presse végète toujours dans la même perspective aléatoire. Le brulot présidentiel du 1er aout 2012 est le révélateur du niveau réel de la réflexion dans le pays. Au lieu de faire les choses comme cela se fait dans toutes les nations modernes, les acteurs ont constamment eu recours à leurs propres fantasmes sous le vocable de génie béninois. Du modèle on est passé au monstre…

Et si on était déjà à bord du nouveau Titanic promis au naufrage collectif !!!

Par Arimi Choubadé
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