L’autre manière de faire démissionner Yayi…

mercredi 8 août 2012 par Arimi Choubadé

« La conférence nationale, c’est un coup d’Etat… ». Sur ce coup-là, personne ne peut reprocher à Yayi d’avoir manqué de flair politique en repoussant avec l’énergie du despérado l’idée même de l’organisation d’un truc du genre de celui de février 1990 à l’hôtel Plm Alédjo. Tout l’échafaudage constitutionnel actuel s’écroulerait dès l’instant où les délégués prononceraient la souveraineté de leur conclave. Exit la constitution, le parlement, le gouvernement, la Cour constitutionnelle, la Haac. Place à de nouvelles institutions au gré des aspirations des délégués à la dite conférence. Ainsi, un peu plus d’un an après avoir gagné « proprement » la présidentielle, le chef de l’Etat se verrait priver de l’essentiel de ses prérogatives. Tout comme Kérékou après février 1990, Yayi resterait locataire du palais de la Marina mais sans pouvoir de former le gouvernement et de nommer les hauts fonctionnaires de la République. Ce que l’intéressé a catégoriquement rejeté lors de son sulfureux débat télévisé du 1er aout 2012.

Ce serait le retour ni plus ni moins à la glorieuse époque du Haut conseil de la République (Hcr). Plus de majorité ou de minorité parlementaire. Les actes législatifs se prendraient sur la base d’un consensus incarné par des personnalités légitimées par les conférenciers. A eux également les prérogatives de régulation de toute la vie publique notamment entre les institutions ayant survécu aux délibérations. La suite logique de tout cela, c’est la détermination d’une transition sanctionnée pas des élections anticipées. Net coup d’arrêt donc au mandat présidentiel en cours. Yayi, Nago, Dossou, Nata et consorts devraient regarder le train filer comme des spectateurs joyeux. Un dessein clairement perceptible auprès de tous ceux qui réclament à grand cris la tenue de la conférence nationale (Un, Alliance Abt, Galiou Soglo). Poussez Yayi vers sortie après le constat de la faillite de sa gouvernance et de son leadership ! Discours à peu de choses près comparable à celui du Prd favorable à un gouvernement d’union nationale. La nuance porte sur l’économie d’une conférence nationale et le maintien des institutions même si elles doivent désormais officier sur une base consensuelle. On connait désormais la position de Yayi depuis le soir du jour de la 52ème fête nationale ; il ne veut ni l’une ni l’autre des formules citées plus haut : ni la conférence nationale ni le gouvernement de large union ; des appels à démission déguisés selon lui et ses partisans.

Reste à l’ordre du jour cependant le fameux forum économique. Hommes politiques (consentants), société civile (refondée), économistes, religieux, tous à la rescousse d’une économie grabataire. Quelques deux ou trois jours de lyrisme et de jamborée et le pays prendrait l’envol de sa refondation et de sa prospérité à en croire l’inventeur du concept. Encore une fois, le Bénin aurait choisi de ne pas faire comme toutes les nations modernes confrontés à une crise de ce genre comme en Grèce, en Italie, en Espagne, en Argentine, en Corée du sud et ailleurs. Là-bas, la parole n’a pas été donné à un forum isolé mais plutôt à des foras permanents que sont les partis politiques (financés par l’Etat). En effet, ce n’est pas en trois jours qu’ils ont recherché des solutions au spleen économique mais tous les jours. En démocratie moderne le rêve de la société (projet de société) se construit au sein des partis et dépasse largement la science d’un seul leader éclairé quelle que soit sa grandeur. Au lieu d’un seul forum, temporaire, aléatoire, à l’issue incertaine, le Bénin aurait dû s’offrir plusieurs foras permanents au sein de partis légalement structurés pour porter le débat du développement au quotidien dans tous ses aspects.

En lieu et place de ce forum unique, faites voter plutôt une loi sur le financement public des partis…

Par Arimi Choubadé
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