Des défections avant la guerre du Mali…

jeudi 16 août 2012 par Arimi Choubadé

Trouver des soldats pour la reconquête de l’Azawad. De vrais guerriers du désert. Pour l’heure Algériens, Mauritaniens, Libyens n’en veulent pas ; même le Tchadien Idris Deby désireux de faire plaisir au nouveau président « normal » français ne semble pas emballer par l’offre. De tous les gars du désert, il n’y a que les Nigériens prêts au combat. Renforcés par quelques côtiers comme les Nigérians, Togolais, Ivoiriens, Ghanéens et peut-être les Béninois, bien qu’aucun d’eux n’ait jamais vu une tempête de sable de sa vie. Les envoyer à l’assaut des dunes de Gao, Tombouctou ou Kidal relève d’un véritable casse-tête. Pas étonnant d’observer des piétinements de la solution militaire ressassée depuis plusieurs mois mais toujours à l’étape de paperasse et de palabre.

Cette crise n’en est pas à une incongruité près. En effet, les pays directement concernés par l’apparition de ce sanctuaire djihadiste au nord Mali comme l’Algérie et la Mauritanie désapprouvent ouvertement toute intervention militaire. Un peu comme s’ils se satisfont que les mollahs enturbannés puisent enfin disposer d’un espace où assouvir leur soif d’extrémisme et d’intolérance. Espérant peut-être que cela entrainerait du coup un dépeuplement conséquent des anciens maquis de Aqmi et autres groupes terroristes anciennement installés sur leurs territoires respectifs au profit du nouveau Azawad. Tous les fous de Dieu adeptes de mains de voleurs coupées, de lapidation d’adultérins, de femmes voilées, d’interdiction de bars peuvent désormais s’adonner à leur passion loin des territoires algérien et mauritanien. Aucun intérêt donc pour ces pays à participer à l’éparpillement des mollahs déjà confortablement installés au nord Mali. Pourquoi aller troubler ce repère d’islamistes fanatiques au risque de les disperser à nouveau dans un désert incertain et incontrôlable ?

Il n’y a pas que les voisins sahariens du Mali à bouder la perspective d’une expédition sur l’Azawad. Les Français aussi font partie des déserteurs pour qui il n’est pas question de se hasarder sur le terrain même avec un mandat de l’Onu comme ce fut le cas de la Côte d’Ivoire. Goa ou Tombouctou ne sont pas comparables à Abidjan où il y a des multinationales à sécuriser. Sans oublier les pas feutrés et mesurés de la Cedeao elle-même très en verve au départ mais de plus en plus timorée à mesure que s’approche le déclenchement des hostilités. On a bien remarqué la mise à l’écart du président béninois, Yayi Boni, préssident en exercice de l’Ua, jugé trop porté sur le langage de la force contre les islamistes. Et pendant que s’enlisait les débats sans fin sur l’ossature de la troupe à expédier sur le terrain, le médiateur burkinabé, Blaise Compaoré n’a rien trouvé de mieux que de dépêcher son ministre des Affaires étrangères à Gao et Tombouctou pour « négocier une porte de sortie ». curieuse manière de préparer la guerre.

La dernière malice en date est de proposer une protection des institutions à Bamako pendant que les militaires maliens iraient à l’assaut du nord. Ce qui ne passionne pas que les seigneurs de la politicaillerie en compétition à Bamako depuis le coup d’Etat contre Att. Un président de transition contraint de reconduire un premier ministre qu’il déteste cordialement et de composer avec une garde présidentielle complaisante lors de son agression en plein palais de Koulouba le 21 mai 2012 ; des anciens putschistes très omniprésents dans l’appareil étatique ; une élite politique gangrénée par l’affairisme des années Att ; une population désabusée ; une armée encore démotivée et sous le traumatisme de sa débâcle récente face aux mêmes rebelles. Il en faut beaucoup plus pour sonner la reconquête d’un territoire sous contrôle de la barbarie et de l’intolérance.

Qui alors pour faire feu sur Ansar Dine, Mujao, Aqmi et consorts ???

Par Arimi Choubadé
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