« Je suis contre le dialogue politique »…

mercredi 22 août 2012 par Arimi Choubadé

Genre de thérapie applicable en situation de belligérance armée où les gens se parlent à coup de canon, de bombes, d’attentats sanglants ou de violence inouïe. Le Bénin n’en est pas à l’étape où Amoussou peut refuser de serrer la main à Nago ou que Yayi et Houngbédji se parleraient par miliciens interposés. Qu’on nous explique le sens d’un dialogue politique national dans un pays où les adversaires (et non des ennemis) sont les meilleurs amis du monde (voire parents proches) en privé. Les prêcheurs de dialogue ne sont pas encore parvenus à nous rappeler la prescription légale et constitutionnelle régissant leur trouvaille. A moins que cela ne rentre dans le cadre d’une joyeuse récréation républicaine destinée à faire ripaille et amuser la maisonnée durant quelques jours. Une grande messe de discours, d’éloquence, de luxe et d’exubérance. Du déjà vu et du déjà entendu !

Personne ne nous dit ce qui se passerait en cas d’échec (probabilité certaine) du jamborée en gestation. Imaginons un instant qu’au lendemain du discours de clôture passionnément applaudi, les assiettes ne se garnissent pas, les coûts des factures d’eau, d’électricité et de téléphone ne diminuent pas, les primes ne sont pas payées aux fonctionnaires, les opérateurs privés ne voient pas leurs créances liquidées au niveau des régies financières du trésor public. Bref ! Que le quotidien du citoyen ne bouge pas d’un iota et qu’on retombe dans le spleen ambiant. Que les princes poursuivent leur train de vie dispendieux. Le pays aurait ainsi grillé sa dernière cartouche. Jamais, alors, nous n’aurions été aussi proches de la déflagration générale après avoir vendangé l’ultime joker, celui auquel les peuples ont habituellement recours en cas de péril grave.

L’amplification des escalades verbales à l’annonce du dialogue se justifie. Comme dans toute belligérance, les protagonistes cherchent à conforter leur posture avant de se retrouver face à face. Personne ne veut y aller en position de faiblesse. En illustration, les échanges vicieux autour des réformes. Les opposants réclament une pause alors même que le contrat entre l’Etat béninois et la société Bénin Contrôle (Pvi) est suspendu et le projet de révision de la constitution retiré de l’Assemblée nationale. On voit également le chef de l’Etat s’« énerver » au sujet de la demande de pause à propos des réformes déjà suspendues de plein gré. Une telle ébauche de fébrilité de part et d’autre parce qu’on a parlé de l’imminence d’un dialogue politique. Même les lampistes oubliés se rappellent aux bons souvenirs de leurs compatriotes afin de ne pas rester en rade en cas d’une éventuelle redistribution des rôles en rivalisant de virulence dans les attaques. Déjà que certains voient des armes en divagation et des projets de coups d’Etat de la part de syndicalistes et d’hommes d’affaires. Pourquoi ne pas proclamer enfin qu’il n’y aura plus de dialogue politique pour faire revenir le calme et renvoyer de la scène médiatique les guignols et autres marionnettistes de l’ombre.

Je veux bien que des citoyens se réunissent sur des thématiques bien précises. Un forum sur le sport, l’agriculture, le foncier, la médecine, le foot, le port ou autres secteurs en crise. Là on maitrise avec précision le profil des participants potentiels, les objectifs visés. Personne ne s’offusquerait que le gouvernement joue en ce moment le rôle de modérateur des échanges. Ce qui n’est pas le cas d’un forum économique ou politique dans un environnement essentiellement polémiste et suspicieux. Ce qui ramène à la sempiternelle question de la légitimité des opinions. Pour éviter la cacophonie et la spéculation, les démocraties ont institué les partis politiques au sein desquels les opinions devraient être validées avant d’être livrées au public. Ce qui éviterait de faire cohabiter 9 millions d’opinions individuelles au nom de la liberté d’expression et parler ensuite de dialogue dès que ça dérape.

Peut-être la démocratie « nescafé » ???

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1114-je-suis-contre-le-dialogue.html

Messages

  • Moi aussi je suis contre toute rencontre folklorique qui
    n’aboutira à rien sinon à un marché de dupes. Économisons nos sous qui sont déjà si maigres. Luttons pour faire
    changer les choses dans le respect des lois d’aujourd’hui ou préparons nous pour changer de cap en 2016.

  • Très cher Arimi Bonjour,
    Je suis depuis longtemps de tes fans et j’apprécie tes réflexions singulières. Mais là tu viens de hausser le cran d’un niveau par cette position courageuse qui secoue mes qualités intellectuelles.
    Pourquoi un dialogue politique et qu’entend-on vraiment par là ? Je pose souvent la question autour de moi et les réponses que je reçois des têtes dites pensantes ne sont pas souvent convaincantes. Je finis par déduire que les béninois aiment ca. Ils aiment la paix, même falsifiée et de façade. Ils aiment comme le disait Me Adrien Houngbédji « Le mélange des genres ». –Oui, restons ensembles quand même, ou bien faisons semblant tout de même. Mais cela est-il si mauvais que cela le parait ?
    Comme tu le soulignes souvent, la société béninoise est composée pour plus des ¾ de « gbêgonous » et des « agossou zon mayi ». La misère réduisant le reste à 5%, Yayi a fini par ses méthodes à ramener à 2%, les béninois capables de dire vraiment ce qu’ils pensent. Oui c’est un martyre aujourd’hui que d’avoir un autre point de vue que le Président de la République et de le dire publiquement.
    Notre société est en fait basée sur des alliances contre-nature pour ne pas dire incestueuses camouflées derrières des semblants de courtoisie qui sont en fait des haines qui déclencheraient des guerres dans un « état de nature ». C’est dire qu’il est temps que notre société survive aux relations familiales, claniques, biologiques comme mode de partage et d’accès aux ressources et accepte l’ère de la corporation, des groupes sociaux modernes afin de faire face aux problèmes de la cité.
    En fait ce qui s’est passé chez nous ces dernières années est plus qu’une guerre. Nous avons eu droit à des batailles rangées où des groupes médiocres ont eu le bénéfice des moyens d’Etat pour écraser les meilleurs. Ces messieurs voudraient voir le « serpent » bien mort. Mais au lieu de s’avouer vaincu, le même « animal » revient avec plusieurs têtes et plusieurs mains ! Que faire : reprendre la bataille à zéro ? Le peuple arbitre a faim et soif et devient de plus en plus exigent. C’est dire que le dialogue politique est en fait une table ronde, une paix des braves qui ne veut pas dire son nom. Seulement, comme pendant le traité de Versailles, les « présumés vainqueurs » et les « présumés vaincus » n’ont pas la même lecture des résultats de la « (gué) guerre » et donc pas les mêmes exigences…Pour Yayi les vaincus doivent se saborder et même disparaitre. (La dernière trouvaille est le spectre de l’insurrection.) Pour les autres, Yayi est un tricheur qui embrouille toutes les cartes à chaque fois. Entre les deux groupes le peuple ignorant peine à savoir où sont ses vrais intérêts. Sur le plan légal et républicain, Yayi a perdu la bataille des cœurs. Il ne lui reste que ce qu’il sait mieux faire : chercher dans les décombres, dans la fourberie et la béninoiserie négative…
    Les vrais motifs d’un dialogue
    Le Benin est profondément divisé. Un être ne peut marcher sans ses jambes, ni ses mains ; pire sans son âmes… Tous les membres doivent coopérer, sinon la tête n’a pas sa raison de contenir le cerveau et la poitrine le cœur. Je suis d’accord avec vous lorsque vous sous-entendez une conférence nationale-bis qui devrait avoir lieu depuis pour amorcer une nouvelle transition salutaire. Mais les « grands patriotes » têtus que nous avons au pouvoir sont trop fourbes pour en saisir le sens. Même Albert Tévoedjre l’a proposé…mais trop tard. La seule fois où il a une bonne intention, lui…
    Mais je reviens à ta question du début. A quoi servira un tel dialogue sans la clarification de ces questions sous-jacentes et primordiales ô combien essentielles ? En attendant nous naviguons sans gouvernail en haute mer. Le capitaine est justement l’aveugle de nous tous.