« Dire tout, partout … »

vendredi 31 août 2012 par Arimi Choubadé

« Et faire en sorte que ce qui est dit soit fait… ». Le président normal de la France décline peu à peu la philosophie de sa politique étrangère. En théorie, on peut s’attendre à beaucoup de vérités au cours du sommet de la francophonie prévue à Kinshasa, en octobre 2012. Occasion pour le président français, de dire en face de Joseph Kabila, que, la dernière présidentielle au Congo démocratique fut un désastre et que le vainqueur proclamé l’a été par fraude et tricherie. Que Hollande, président français ne retire rien des critiques à peine voilées du Hollande, candidat socialiste, prêt à le redire partout, en veillant à ce que ce qui a été dit, soit fait. En attendant de voir comment mettre cette belle détermination en œuvre dans un espace francophone africain en queue de la marche du continent voire du monde.

Puisqu’il souhaite tout dire, partout, pourquoi ne pas commencer par parler de cette étrange monnaie, le Cfa instrument abject de soumission de ses éternels utilisateurs. De la même manière qu’il ambitionne incarner un président normal dans une République normale, les Africains francophones aspirent également à vivre dans un espace économique normal sans dépendre d’une monnaie dont il ignore tout. Un pays normal ne devrait pas receler la richesse d’autres pays du fait de cette dépendance monétaire à la limite de l’exploitation d’autres peuples par un peuple. Prêcher la fin de la rigueur économique pour ses propres citoyens en cautionnant des sacrifices inhumains chez les esclaves du Cfa, ne saurait prospérer auprès d’un pouvoir qui se veut irréprochable. Et cela, Hollande doit pouvoir le dire et faire en sorte qu’on n’y mette fin le plus tôt possible. Les Africains francophones devraient avoir le droit, eux aussi, de se présenter sur le marché mondial au même titre que les autres pays du monde sans passer par une France elle-même boudée par les agences internationales de notation.

Le président normal de la France devrait dire sa honte de s’assoir à la même table que des gens parvenus au pouvoir par coup d’Etat ou par transmission filiale du pouvoir. Il apparait d’ailleurs comme l’un des rares dirigeants occidentaux à s’accommoder de la compagnie de bamboulas. Je n’ose pas parler de « mal élus » de peur d’enfreindre la morale médiatique (à la béninoise). Il convient d’attirer l’attention du président normal sur le péril que fait courir à la grandeur et à la puissance de la France la déliquescence de son espace d’influence. Une France qui subit de plein fouet l’indigence de son joker de réserve, le Cfa, qui l’entraine à son tour vers le bas par le phénomène de nivellement. Ces constats doivent être dits et répétés partout. Un sommet de francophonie avec François Hollande en vedette principale ne saurait connaitre de succès sans que l’indécent statuquo ne soit rompu.

En homme politique dont l’intelligence serait au dessus de la moyenne, le président normal devrait savoir qu’il ne pourrait échapper à la comparaison entre le discours et le bilan. Il faut plus que des hésitations sur sa participation au sommet de Kinshasa d’octobre 2012 pour faire mentir Serguei Lavrov, ministre russe des affaires étrangères régulièrement outré par les élans « hystériques » de la diplomatie française notamment sujet de la crise syrienne. Plus menaçante encore les critiques de l’Ump à propos de la « diplomatie du verbe » du grand rival. Pour en revenir à l’« Afrique-de-la-France », ce serait intéressant de décompter le nombre d’héritiers, d’anciens putschistes, de manipulateurs de constitution, de fraudeurs, de falsificateurs de listes électorales encore au pouvoir à la fin du quinquennat « normal ». On veut surtout voir si, enfin, la France « normale » se départirait de cette image de voleur de devises de pays pauvres par la gestion opaque d’une monnaie mystérieuse.

La diplomatie « normale » finira un jour par dire ce qu’elle est vraiment…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1118-dire-tout-partout.html