Policiers municipaux sur des œufs…

vendredi 21 septembre 2012 par Arimi Choubadé

De la troupe modèle à une bande de voyou, en l’espace de 24 heures. Usagers, agents et autorités de l’hôtel de ville de Cotonou se souviendront longtemps de cette journée du 10 septembre 2012. Cette horde de jeunes gens surexcités en rogne contre la terre entière, entravant la circulation, interdisant toutes les issues de la mairie à tout visiteur, invectivant leur propre hiérarchie. Le temps pour les témoins de découvrir avec stupeur l’identité des trublions ; rien d’autres que les enfants chéris du maire-président, les tous nouveaux jeunes policiers municipaux. Un corps de métier dont l’avènement fut marqué par un combat épique de l’ancien chef de l’Etat contre les gouvernements successifs depuis bientôt une décennie. Personne ne voulait de la « milice » déguisée au service d’un pouvoir municipal jugé un peu trop emblématique. Pour y arriver, il a fallu tenir tout le pays en haleine autour de cette actualité de la création de la police municipale, durant toutes ces années-là ; de l’opposition farouche au gouvernement à l’acceptation de la main tendue en passant par une cohabitation mouvementée et des flirts en pointillés. C’est dire combien l’expérience était surveillée de très près et qu’il fallait marcher sur des œufs.

On imagine alors le cataclysme perçu à travers l’éruption du 10 septembre. En effet, les agissements déplorés ce jour-là étaient plus proches de ceux de vandales incontrôlés que d’employés grévistes encore moins d’agents de sécurité en colère. Ceci alors que la charpente juridique devant consacrée la création de ce corps de métier n’était pas encore achevée et pendant que les concepteurs s’attelaient toujours à faire disparaitre une à une les réticences encore vivaces au sein de l’administration centrale. Des employés revendicateurs ? Faudrait-il alors se constituer au préalable en syndicat et déclencher une contestation sociale en bonne et due forme, dans l’ordre et la discipline. Si c’était une grève classique, c’est-à-dire une cessation de travail, les autorités auraient constaté simplement l’absence des agents à leurs postes respectifs. Un sit-in se serait soldé par une suspension momentanée du travail, le temps de transmettre une motion à une autorité compétente. Ce n’était ni l’une ni l’autre. Ce ne furent que des troubles voire des voies de fait vis-à-vis parfois de simples passants.

Plus que le débat sur le bien fondé des événements, c’est celui de leur impact sur l’avenir de la police municipale au Bénin qui est en cause. Du pain béni pour les adversaires du projet qui ne manqueraient pas de se gloser sur l’éventuelle dangerosité d’une répétition de pareilles atteintes à la paix sociale au cœur de la ville. En plein débat sur les tracasseries policières, certains Béninois redoutaient déjà de devoir subir des emmerdements supplémentaires des nouveaux recrus de la municipalité. En sus de ces craintes légitimes, les citoyens devraient affronter les risques désormais visibles d’être empêchés de se rendre au bureau à l’heure ou de circuler librement dans la ville parce que des policiers municipaux seraient en colère.

Ne parlons pas de la panique auprès d’autres municipalités notamment les communes à statut particulier en attente de lancer elles aussi leurs polices municipales après ce qui s’est passé à Cotonou. Surtout qu’aucune d’elles ne peut prétendre être à l’abri de lenteurs administratives du genre de celui qui a déclenché l’ire dévastatrice des recrus de Soglo. A moins que l’argument de l’erreur de jeunesse suffise à dissiper le malaise général autour de cette affaire. Peut-être que les frêles épaules de la troupe du commissaire Clédjo ont sous-estimé la responsabilité d’être des pionniers ; le sentiment d’être les premiers voire la lumière d’un processus promoteur à l’échelle de tout le pays. de là à se donner le droit et la mission de s’autoproclamer éradicateur de la légendaire lenteur administrative et des retards de salaire...

Le lait est désormais sur le feu…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1123-policiers-municipaux-sur-des-oeufs.html