Le combat de Canal ???

lundi 24 septembre 2012 par Arimi Choubadé

Et s’ouvra la énième crise sociopolitique au Bénin : l’affaire Canal 3/Ortb. Une véritable guerre des télévisions suite aux déclarations croisée du Directeur Général de la télévision nationale sur sa chaine et du promoteur de Canal 3 sur la sienne. Au-delà des accusations et contre-accusations, ce sont plusieurs téléspectateurs béninois subitement sevrés de certaines de leurs émissions préférés à moins de recourir à des équipements spéciaux et couteux. Un dépit bruyamment exprimé d’ailleurs devant le siège de l’organe à Mênontin à travers de violentes scènes de rue le vendredi 21 septembre 2012, au lendemain de la désactivation d’équipements revendiqués par le N°1 de la chaine nationale, à l’origine de la polémique. Guéguerre suivie au-delà des frontières du Bénin sur les deux télévisions accessibles sur satellite suite au coup de gueule de Julien Akpaki sur l’Ortb et à la réplique de Issa Salifou depuis Niamey sur Canal 3. L’annonce de la reprogrammation des signaux désactivés, il y a quelques heures, grâce à des équipements de secours n’efface pas les accusations de faussaire d’un côté et de menteur de l’autre.

Une telle affaire ne saurait passer sous l’éteignoir puisqu’elle dépasse largement des considérations d’ordre interne au monde des médias. L’illustration en est le fait que les très fâchés en excitation sur la boulevard de l’Europe en face de Canal 3 le 21 septembre ne sont ni des journalistes ni des agents de l’organe de presse en question. Preuve que la liberté d’expression est loin d’être une exclusivité de la profession de journaliste. En effet, les voies de fait du Dg/Ortb ne pénalise pas uniquement les agents en service à Canal3. Peut-être la perte d’une partie de l’auditoire et éventuellement une conséquence sur l’intérêt des annonceurs et des clients. C’est surtout une perte d’espace d’expression pour l’ensemble des acteurs de la vie publique et sociale. En effet, c’est bien sur le même plateau que se sont succédés détracteurs puis laudateurs de la refondation. Lionel Agbo y était pour cracher son fuel sur le système qu’il a contribué à mettre en place depuis 2006. De la même manière qu’y étaient (toujours sur le plateau de Canal3) l’attelage Elègbé-Djênontin-Dossoumon en opération d’explication de la gouvernance Yayi. Tout comme d’autres acteurs tels que des artistes, des sportifs, des aventuriers, des enfants, des comédiens, des étrangers, des commerçants, des annonceurs etc… Le geste de désactivation d’équipements des signaux de la chaine de Mênontin affecte tous ces acteurs, privés d’espace d’expression, de la jouissance de la liberté d’expression. Ce n’est donc pas le combat de Canal 3 uniquement.

Mais il y a plus troublant dans cette guéguerre ubuesque entre les deux patrons de télévision béninois. Julien Akpaki clame avoir agi en référence à la promotion de la bonne gouvernance prônée par le président Yayi Boni. Issa Salifou quant à lui se réfère au même président Yayi en promettant de s’en remettre à lui pour démêler l’écheveau. Alors que tout porte à croire qu’il s’agirait d’un contentieux commercial relevant en principe des juridictions prévues à cet effet. En clair, aucun des protagonistes ne croit à la manifestation de la justice dans cette affaire. Prime à la loi du talion où la compétition tournerait en faveur de celui capable de faire pencher le sommet de l’Etat de son côté. En sus de procéder à des auditions de corrompus et de corrupteurs, de tourner dans les champs de coton, d’assumer la présidence en exercice de l’Union Africaine, de courir après des réformes en souffrance, le chef de l’Etat devrait s’occuper désormais d’arbitrage de différends commerciaux. De sorte qu’on s’embrouille finalement quant au sens du combat. Celui de la liberté de presse, du respect des engagements commerciaux, de la fidélité aux idéaux du chef de l’Etat ou d’une lutte de clans ?

A méditer avant toute prise de position…

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Lorsque dans un état de droit, il faut s’en remettre constamment et toujours au seul Président de la République, c’est un signe du mal fonctionnement des institutions de l’Etat.

    Lorsque le Président de la République doit se déplacer sur tout le territoire national pour savoir où en sont les constructions de classes, les répartitions d’intrants, les engorgements du port par les camions etc., c’est le signe
    que quelque chose ne va pas bien. A moins d’avoir un Super-Président disposant du don d’ubiquité.