Business à l’école…

mercredi 3 octobre 2012 par Arimi Choubadé

L’otage d’une nébuleuse composée d’Associations dites de parents d’élèves (Ape). Ovni aussi fantomatiques que leurs dirigeants, fonctionnant comme de véritables conseils d’administration des établissements scolaires publics. Bien malin qui peut décrire un mécanisme cohérent d’animation de ces creusets. Les anecdotes de présidents d’association de parents d’élèves dont le règne s’étend sur plusieurs décennies sont légions. Sans jamais faire inscrire le moindre rejeton dans l’école où ils officient, ils se prévalent d’agir en bons pères de famille au nom et pour le compte des autres, vrais parents. A ces derniers, il n’est demandé que trois choses essentielles : payer, payer et payer. Inscription, réinscription, photocopie, pharmacie, infirmerie, construction de classe, achat de table et banc, excursion, tenue de sport. Tout est prétexte pour défaire les poches des parents effectifs des enfants inscrits dans les écoles publiques avec la complicité agissante des exécutifs d’Ape.

Mais la collusion entre bureaux d’Ape et directeurs d’établissement a besoin de se donner bonne conscience. D’où la complaisance vis-à-vis de quelques attitudes déviantes des simples enseignants. Les réclames de grosses sommes d’argent étant donc réservées au sommet de la pyramide ; les enseignants, eux, peuvent se contenter de siphonner les maigres argents de poche des apprenants. Pauvres têtes de linottes, parfois forcés de consommer contre leurs maigres pécules des friandises concoctées par leurs instituteurs et institutrices. Gare à ceux d’entre les petits qui débarquent en classe sans le sous ou parce qu’ayant déjà déjeuné à la maison avant de venir ou encore parce que les véritables géniteurs seraient en difficulté. Que dire des trafics observés autour des fameux « Td », cours de renforcement, répétitions ou autres ? Pour chaque enseignant, la classe est devenue un potentiel fonds de commerce dont il faut tirer le maximum au gré des conjonctures.

Le pire, c’est l’existence de textes (arrêtés ministériels, note circulaire, règlements) consacrant certaines de ces pratiques mercantilistes en milieu scolaire. L’un des rares endroits de la République où les règles de finances publiques n’ont aucune valeur. Les responsables d’établissements peuvent lever des impôts spéciaux en collectant directement des ressources auprès des populations, à leur guise. Le même collecteur de taxe même dépourvu de la qualité de comptable public voire de comptable tout court peut en assumer la gestion directement. Des marchés de construction de plusieurs dizaines de millions sont exécutés au mépris de toutes les règles en la matière. Pas de prévisions de dépenses ou de recettes comme cela se fait dans tous les établissements publics, en toute transparence, à la disposition de tous les acteurs. On se croirait en zones de non droit où tout ce qui est interdit en matière de manipulation de l’argent du peuple y est permis. Sous d’autres cieux, on n’hésiterait pas à parler de : mafia, de gang ou d’association de malfaiteurs !

En cela, la boutade présidentielle au sujet de l’implication des élus locaux dans la gestion des établissements scolaires publics peut paraitre providentielle. Il n’y a rien de plus légitime qu’un élu local pour présider aux destinés d’une représentation des parents d’élèves d’une école publique. En considérant que ces genres d’établissement sont avant tout des propriétés de la communauté et que l’élu local jouit d’un mandat de cette même communauté. Il pourrait en rendre compte à chaque consultation populaire dès que ce mandat est mis en jeu. Au regard des principes démocratiques, pourquoi ne pas faire cohabiter une multitude d’associations de parents d’élèves au sein d’un même établissement scolaire public sans qu’aucune ne puisse se prévaloir d’un quelconque rôle organique ou décisionnel dans le fonctionnement ?

L’école c’est l’école, les affaires sont les affaires !!!

Par Arimi Choubadé
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