Le Kérékoïsme, de nouveau, à la barre…

vendredi 5 octobre 2012 par Arimi Choubadé

Encore des coups de crayon noir sur le prestige du célébrissime héros éternel. Le bilan de l’homme de paix, de la cohésion nationale, de la transition pacifique du pouvoir n’en finit pas de se faire rattraper par les cadavres de placards. Ce n’est pourtant pas faute, pour les fans, de tenter une falsification permanente de l’histoire aux fins de toujours attribuer le bon rôle à leur idole. Efforts régulièrement et malheureusement battus en brèche par la réalité des faits. À l’image de tous les déballages sporadiques sur les accointances entre affairisme et Etat sous le régime Kérékou. Les turpitudes de la société de téléphonie mobile, Bell-Bénin, de même que les présumées dettes de Atb envers le Port autonome de Cotonou ne sont que des peccadilles, des avatars de cette glorieuse époque où les partis politiques étaient portés sur les fonts baptismaux sur les parcs de véhicules d’occasion. Le point de départ du concept "majorité présidentielle plurielle" fait de bondieusards illuminés, d’hommes d’affaires sans scrupule, de politiciens en perte de légitimité, de parents, de rejetons et de courtisans de tout poil. Ce fut le « Bénin du futur » et de la « relève de qualité » parait-il. Nous y sommes.

Les refondateurs ont beau jeu à présent de s’émouvoir des élans moralisateurs de tous ceux qui avaient participé à cette perversion des valeurs de la République. Comme si rien ne s’était passé auparavant. Cette fois-ci, le mécanisme d’amnésie générale légalisée à travers des lois d’amnistie post-conférence nationale n’a pas marché à fond comme ce fut le cas à propos des crimes économiques voire de sang sous la période de la révolution marxiste léniniste. L’irruption de la vague émergente a empêché les élus de l’Union du Bénin du futur (Ubf), majoritaires à l’Assemblée nationale au moment du départ de leur champion en 2006 de nous refaire le coup de l’absolution légale de tous les désordres consécutifs au retour au pouvoir des anciens tortionnaires. Difficile donc de continuer à clamer partout que le meilleur régime du l’ère du renouveau démocratique fut celui qui a battu les records des décaissements spéciaux de fonds publics ; qui a révélé pour la première fois les collusions malsaines entre la pègre transfrontalière et le sommet de l’Etat (affaire Hamani) ; qui a fait jeter des gaz lacrymogènes sur le président Soglo alors que ce dernier prenait la tête d’une marche au siège de son parti. On peut rajouter l’instauration du système des quotas dans l’organisation des concours d’admission à la fonction publique etc….

C’est le processus de falsification de l’histoire récente du Bénin qui prend un sérieux coup avec les derniers développements de l’actualité nationale. Le désir de rompre avec l’impunité de la part des refondateurs a au moins le mérite de réfréner les ardeurs de tous les partisans, auteurs, coauteurs, complices de la conspiration du silence et de l’oublie. Une lueur d’espoir pour toutes les victimes rescapées des camps de torture et des proches des martyrs oubliés durant la terrible répression des révolutionnaires. Peut-être qu’un jour, malgré les lois d’amnisties, des coins de voiles seraient levés sur les camps de concentration de milliers de vieillards envoyés à la mort dans l’indifférence totale au nom de la lutte contre la sorcellerie. Les descendants de ces derniers pourraient enfin faire le deuil de leurs parents ou grands parents disparus depuis des décennies et leur offrir enfin des sépultures appropriées. A l’instar de la revendication du « droit à la parole » d’une ministre de la refondation, d’autres citoyens pourraient oser ces genres d’actes de lèse-héros. Surtout si le pouvoir Yayi continue de demander des comptes aux anciens barons et gestionnaires de cette époque même après leur reconversion à la refondation. Les faits sont têtus.

La peur semble avoir changé de camp !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1129-le-kerekoisme-de-nouveau-a-la.html

Messages

  • Nos historiens ont encore beaucoup de travail : mettre sur papier l’époque révolutionnaire et post-révolutionnaire.
    Car les politiciens (et la presse aussi) fonctionnent comme si le Bénin est né aujourd’hui : tout est qualifié de "premièr
    fois". Il est vrai que beaucoup de jeunes n’ont connu que très peu le régime de Kérékou, d’où l’importance d’écrire histoire, l’histoire comprise comme récit des évènements passés. Chacun interprètera cette histoire à sa guise. Mais il faut d’abord la connaître !

  • J ose espérer comme tu l as si bien souligné que la vérité sur cette époque barbare sera connue afin que les parents puissent faire le deuil des leurs ! Quand à ces messieurs milliardaires parvenus qui sans aucune valeur ajoutée à l économie nationale les faits les rattraperons avec ou sans les Refondateurs !!! Je pense et je crois d ailleurs n en déplaise aux fans club de la paix que KEREKOU reste le monsieur ayant retardé le Bénin sur son développement et surtout ayant contribué à l instituonalisation de la corruption juste pour garder son pouvoir !! Encore une fois MERCI Arimi pour ta clairvoyance ! Tu restes la meilleure plume de ces 10 dernières annnes !