Que savent-ils du Cfa ???

lundi 8 octobre 2012 par Arimi Choubadé

Pathétique, le profile des louangeurs du franc colonial à Paris le 06 octobre 2012 ! Chefs d’Etat, ministres, fonctionnaires de banques dites centrales (Bceao, Beac), prétendus experts en économie monétaire, africains francophones pour la plupart. Dans un angélus concerté à propos de la monnaie coloniale. Elle aurait apporté à la zone franc « stabilité, solidarité et croissance » pour paraphraser l’ancien gouverneur de la Bceao, l’ivoirien Charles Konan Bani, bien vautré sur la grande télévision de propagande de la mère-patrie. Pendant que son camarade Houphouetiste, installé au palais de Cocody à Abidjan en 2011, grâce aux bombes françaises, fut chargé de présider la célébration, sur les bords de la Seine, du quarantenaire du tutorat. Sous le signe de la perpétuation de l’aventure néocoloniale. Le symbole ne manque pas d’ironie. Imaginons la France, rendant hommage au franc français ou à l’Euro au pied de la statue de la Liberté à New-York. Le ridicule n’est pas françafricain !

Ces messieurs en exhibition à Bercy (ministère de l’Economie et des Finances français), le temps des festivités, ne semblent nullement impressionnés par le dégout qu’ils suscitent de la part d’une grande partie de leur opinion publique au sud du Sahara. Le cercle fermé des « initiés » des banques dites centrales en allégeance ostentatoire chez le maître, tant pis si leurs compatriotes ne comprennent toujours pas pourquoi seuls cette quinzaine d’Etat africains demeurent les plus pauvres parmi les plus pauvres de la planète alors qu’ils utilisent une monnaie gérée par un autre pays qui n’est même pas membre de l’espace économique. Les quelques experts qui s’excitent sporadiquement sur le sujet ne sont rien d’autre que des diplômés d’université dont la connaissance du Cfa se limitent aux théories d’ordre général, aux rapports officiels et aux discours de circonstance. Au Ghana ou au Nigéria, ce sont des nationaux qui administrent, manipulent, contrôlent, surveillent le comportement de la monnaie locale ; interlocuteurs directs des autres instruments d’échanges économiques de la planète. L’expertise locale existe là-bas. Contrairement aux experts par procuration de la zone Cfa, quasi inconnus à la banque de France, véritable théâtre des manipulations.

Sans la prétention de mettre en doute une parole d’expert, on veut bien savoir de quelle solidarité parle Konan Bani. Celle qui fait que les Béninois astreints à des dures réformes durant des années doivent pâtir des turpitudes sanglantes de la transition politique en Côte d’Ivoire, au Mali, au Togo ou ailleurs ? Une solidarité au nom de laquelle tous les autres doivent trimer pendant que le Gabon, le Cameroun, le Congo dilapident les revenus de leurs réserves minières et pétrolières. Et puis le mot stabilité de la bouche d’un dirigeant ivoirien par les temps qui courent parait bizarre. Comme s’il était possible de dissocier la stabilité économique et monétaire de celle politique et sociale. Peut-être parle-t-il de la part des efforts des africains dans la stabilité de l’économie française. Le comble c’est l’évocation de la croissance à propos du Cfa. Il suffit de comparer le taux à 6% en moyenne de la zone franc et les 12% de l’Ethiopie pour se faire une idée de l’énorme méprise.

Au-delà des bisbilles aux effluves du champagne élyséen, nos experts auraient dû nous situer la zone franc par rapport aux autres zones économiques de la région. Les citoyens de l’Afrique francophone seraient curieux de savoir dans quelle partie du monde, 15 Etats utilisent une même monnaie sans en détenir l’expertise par eux-mêmes. Et pourquoi, ne pourrait-on pas s’affranchir de cette impasse ? À voir le faste des célébrations du 06 octobre 2012, le Cfa a encore de beaux jours devant lui. Il demeurera pour longtemps encore ce fétiche accessible exclusivement à une poignée de gourous acquise aux maitres à penser.

Ce Cfa, fruit du génie du colon…

Par Arimi Choubadé
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