« Sommes-nous si incapables ??? »

vendredi 19 octobre 2012 par Arimi Choubadé

Je me permets de reprendre l’interrogation en forme de conclusion du pamphlet de cet éminent professeur de droit au sujet de la gouvernance au Bénin. Horripilé qu’il est, le professeur Aïvo (puisque c’est de lui qu’il s’agit), de l’absence de la moindre solution au moindre problème de nation. Un constat qui peut s’expliquer par une autre : en effet, ce n’est pas évident de trouver dans le monde une zone économique aussi mal en point que l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). Or le pays du professeur y tient la lanterne rouge ; le dernier des derniers en somme ; expression d’une panne collective en phase de maturation. Toute perspective d’inversement de tendance semble bien loin. Parce que nous sommes « incapables » de reconnaitre que nous ne disposons d’aucune compétence en dehors de la danse vaudou et des théories dépassées. Parce que nous sommes « incapables » d’être suffisamment humbles, de reconnaitre le fort taux de crétinisme ambiant de nos cadres, de nous mettre sagement à l’école des modèles en marche auprès de nous même si nous les méprisions dans le passé du fait de notre ancien statut de nègres appréciés du colon.

Revenons à notre professeur et à sa désolation face à l’inexistence de politique de lutte contre le « kpayo », de politique de gestion des villes, de politique de recrutement fondée sur le mérite, de politique de lutte contre la corruption, de politique de lutte contre les injustices. Il se plaint, en réalité, d’absence de POLITIQUE, tout court. Un impitoyable réquisitoire contre le désert de la réflexion et de l’organisation sociale. Sauf que le professeur n’ignore pas là où devrait s’élaborer une politique, une vraie au sens étymologique du terme c’est-à-dire l’art de gérer la cité. Un projet de ville ne saurait être le fruit des cogitations du seul maire ou de ses conseillers. Encore moins un document d’experts figé dans le temps et l’espace. En démocratie pluraliste, le projet de société comme le projet de ville (ainsi que les projets alternatifs) se conçoit dans des foras permanents à savoir les partis politiques « républicains ». « Partis républicains » à différencier des clubs de coquins en vigueur au Bénin, à la limite d’associations de malfaiteurs en quête de prébendes, de rentes et de financements occultes.

La question qui convient en pareille circonstance est de savoir si les partis devraient également être soumis à la réédition des comptes. Si la réponse est oui, cela ne peut être lié qu’à des fonds publics. On ne peut, en effet, exiger de responsables de partis de venir justifier, devant leurs compatriotes, la gestion de leur patrimoine personnel. Le seul lien légitime qui peut donner au peuple le droit de demander des compte aux partis ne peut être que sa contribution (financière) à la vie de ces partis. J’imagine mon excellent confrère, Léandre Houngbédji manquer de s’étrangler à l’idée de mettre l’argent public dans les partis politiques sous le prétexte de l’absence de traçabilité. Eh bien, ce devrait être la même traçabilité, les mêmes instruments de contrôle, de gestion, de décaissement, de passation des marchés que celle observée à la présidence de la République, à l’Assemblée nationale, à la Cour constitutionnelle, à la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication. Faudrait-il le rappeler que la première institution à retenir l’attention du constituant béninois dès l’article 5 de la constitution c’est le parti politique. Bien avant toutes les autres institutions.

Le statut de « dernier des derniers » ne saurait dispenser de l’observance des règles modernes de gestion de la cité au motif qu’il existerait plusieurs modèles de démocratie et que chacun devrait aller à son rythme. S’il est admis l’existence de plusieurs systèmes politiques classiques, la démocratie, par contre, est unique et se base sur les libertés fondamentales, la séparation des pouvoirs, l’alternance au pouvoir, le choix libre et transparent des dirigeants. Même la grande Chine, que l’occident trouve totalitaire n’y déroge point. Mais le dénominateur commun reste et demeure le parti politique financé sur fonds publics, n’en déplaise aux partisans du statut quo et de l’impasse.

Ce n’est pas au dernier d’imposer son modèle mais de suivre bêtement les meilleurs…

Par Arimi Choubadé
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