Pas de braquage chez le pauvre…

lundi 22 octobre 2012 par Arimi Choubadé

De l’autocélébration de l’actuel flic le plus puissant du pays. Les Béninois en gardent encore les échos dans leur tympan plusieurs jours après. C’était à l’édition de 20 h du journal parlé de la télévision nationale le 20 octobre 2012. Sur le plateau, le chef de la police de Cotonou dans un de ses numéros favoris consistant à regarder ses compatriotes droit dans les yeux et à les « mettre en garde » sur leur tendance à mépriser sa toute puissance à lui. Désormais, lui, grand commissaire de sa ville, ne veut plus voir quelqu’un trainer devant son commissariat central de Cotonou dès le moindre agitateur sociopolitique y est gardé à vue. « Il n’aime pas la pagaille ». D’ailleurs, l’ère de la tolérance zéro aurait commencé, et tant pis pour tous les contrevenants des règles de la sécurité routière notamment les propriétaires des véhicules dont les contrats d’assurance serait défaillants. Pascal Todjinou, tout grand secrétaire général de centrale syndicale qu’il est l’a appris à ses dépens.

La revendication du commissaire qui a particulièrement retenu mon attention, ce n’était pas hélas la prouesse d’avoir capturé le syndicaliste dont le véhicule en plus de ne pas être assuré n’aurait pas respecté un panneau de signalisation. Ce fut lorsque le super flic annonce avoir contribué à la réduction des braquages. Cotonou aurait, donc, connu une baisse drastique du nombre de vols à mains armées spectaculaires en pleine rue, très souvent en pleine journée. Parce que les médias ne se lassent plus de relayer en boucle des abattages de présumés malfrats soupçonnés de préparer des attaques sur des citoyens. Les militants des droits l’homme s’émeuvent d’ailleurs de ce qu’ils appellent « exécutions extrajudiciaires » en critique au fait que 7 individus aient pu être tué d’un seul coup par la police sans que qu’on ne puisse étayer leur degré de dangerosité par des dégâts même minimes de leur tentative de résistance ne serait-ce que des impacts de balle sur les véhicules de la police. Sans oublier toutes les zones d’ombre dénoncées dans la conduite de la tuerie surmédiatisée.

Pour en revenir à l’activisme en berne des grands délinquants. Le super flic n’a visiblement tenu aucun compte de la sociologie du crime qu’il enseigne pourtant à ses étudiants en droit. S’il suivait bien l’actualité ces derniers jours il aurait appris du chef de l’Etat que le Bénin occupe la dernière place dans l’espace Uémoa du fait de ses performances économiques. A cela s’ajoutent les rapports d’institutions internationales défavorables au Bénin au sujet du taux de fréquentation des investisseurs étrangers dans le pays. Tous ces facteurs ne sont surement pas inconnus des braqueurs conscients qu’on ne peut faire de bonnes affaires que là où il y a de la prospérité. En d’autres termes on ne peut braquer des pauvres. Les pics des attaques de bandit coïncident très souvent avec un regain d’activités économiques dans nos villes. Pas avec des périodes de grisaille comme c’est le cas en ce moment. Tokpa, Sékandji, Joncquet, Kraké, Hilacondji, les parcs de véhicules d’occasion ne grouillent plus de commerçants brassant des dizaines de millions qui pourraient attirer les gangs.

Si, les braqueurs habitués à rafler de gros butins en une seule opération en viennent à s’en prendre à une pauvre étudiante sans défense juste pour lui arracher une moto qui ne vaut même pas le ¼ de million, cela traduit bien une certain agacement. Il y a quelques jours, les délinquants n’ont pu glaner que 50.000 Fcfa à la suite de l’arraisonnement du véhicule d’un libanais à Cotonou en pleine circulation. Les expéditions infructueuses de ce genre deviennent légion. A cette allure, avec ou sans, la dextérité proclamée de la flicaille, les hors-la-loi devraient chercher ailleurs. Espérons que la même tendance puisse s’observer dès que le nouveau ministre du pétrole va nous sortir des barils (en lieu et place de gobelet) du sous-sol et que les entreprises prendraient de nouveau la destination de Cotonou.

En attendant méfiez-vous, le plus grand des commissaires « n’aime pas de pagaille » !!!

Par Arimi Choubadé
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