La quadrature du « kpayo »…

lundi 5 novembre 2012 par Arimi Choubadé

Énième bataille contre l’essence en vrac. Les régimes se suivent, chacun avec ses assauts finaux décrétés, et pourtant le dangereux liquide rougeâtre continue de hanter le décorum de toutes les contrées béninoises. Foras, conseils des ministres, commissions, missions, opérations coup de poing ont été consacrés à cette affaire de « kpayo » et toujours rien. Après que des dizaines de vies humaines, des maisons, des garde-robes, des greniers, des champs ont été emportés par les flammes, le trafic ne perd rien de son influence et de son emprise sur toute l’étendue du territoire national. Vue l’incrédulité de l’opinion vis-à-vis des différentes options d’éradication du phénomène, on peut se demander d’où le gouvernement continue à puiser sa détermination à en venir bout. Au point où les ministres réunis en conseil en novembre 2012 en viennent à miser sur un budget de nombreux milliards afin de mettre fin au trafic. En faisant le vœu de faire disparaitre des rues des grandes villes le spectacle de pauvres hères dont des enfants et des femmes enceintes en train de manipuler des bidons d’hydrocarbures pratiquement à mains nues et sans équipements particuliers.

Première interrogation, c’est de savoir s’il s’agit d’un combat unilatéral du gouvernement béninois ou si l’action est concertée avec le Nigéria. C’est une évidence que même si Yayi parvient à empêcher ses compatriotes d’aller chercher le « maléfique » liquide de l’autre côté de la frontière, des volontaires de l’autre côté se chargeraient de le faire d’autant plus que l’offre est disponible. Les camions, les barques et camions-citernes de contrebande ne s’approvisionnent pas dans des stations-services agréés. La plus pas s’aliment auprès de différents lobbies (généraux, rebelles, personnalités politiques, barons de crime) qui se font gracieusement approvisionner par les compagnies soucieuses de continuer à faire de l’extraction sauvage du pétrole au Nigéria sans se conformer aux précautions environnementales et sociales. Chacun des réseaux concernés se chargent ensuite de convoyer les produits vers des destinations plus ou moins abordables. Comment alors réfréner les flux vers le Bénin sans l’engagement de l’Etat fédéral du Nigéria ?

Pour en revenir à l’intérieur de nos frontières, il existe un autre écueil important lié à la sociologie des trafics de ce genre. Avec à la base une pauvreté endémique, rampante, profonde et de vieille date. Les deux pays auraient dû penser créer une zone de prospérité tout au long du millier de kilomètre de frontière commune, de part et d’autre. On verrait si les gens laisseraient leurs progénitures à la merci de dangereux criminels autour d’un produit tout aussi dangereux juste pour pouvoir s’assurer la pitance quotidienne. J’ai la faiblesse de croire qu’on enlèverait des dizaines de bras séculiers à ce trafic si la Vallée de l’Ouémé est rendue à sa vocation naturelle, à savoir terre nourricière pour plusieurs millions d’individus à l’image de celle du Nil qui fait vivre près de 6 pays différents et des dizaines de millions de personne.

L’autre réalité est que les diverses campagnes précédents contre le « kpayo » ont souffert de leur grande impopularité. Le gouvernement sait que dans cette lutte, il ne peut espérer un quelconque soutien au sein de la population. C’est un secret de polichinelle que les trafiquants comptent des soutiens non négligeables au cœur même du dispositif de répression. La longévité du phénomène et sa généralisation tous azimuts ont tissé des liens très ténus entre trafiquants et répresseurs présumés à savoir douaniers, gendarmes, policiers et militaires. Ne parlons pas de la demande de plus en plus abondante au fur et à mesure de la raréfaction des subventions publiques sur les hydrocarbures et les hausses des prix à la pompe. Un lourd handicap sur le chemin de la nouvelle croisade à l’assaut de l’essence vrac.

Ne rien faire ou faire quelque chose ???

Par Arimi Choubadé
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