Un poumon à sens unique ???

mercredi 7 novembre 2012 par Arimi Choubadé

Impossible d’imaginer meilleur sort que celui du Bénin actuellement à voir comme fonctionne ce qui est appelé son « poumon économique », le port de Cotonou. Surtout en comparant ce qui sort du pays par ce port infinitésimalement plus petit à ce qui rentre ; à peine deux ou trois cent tonnes de produit à l’exportation (coton-fibre, ananas, anacarde) contre des millions de tonnes de broc et de bric déversés, tous les jours, sur le territoire national. Aucun domaine du quotidien du citoyen n’échappe à cette invasion de bien de consommation, depuis l’alimentation à la bureautique en passant par le bâtiment, la médecine, l’impression, le vêtement, l’automobile, la quincaillerie. Tout, vraiment tout, jusqu’à l’aiguille et la savonnette. Pour toute économique nationale, c’est l’exportation (ce qui sort) qui vivifie le développement. Contrairement à ce qui entre, source d’appauvrissement. Or, il en est ainsi depuis la création de l’Etat dahoméen devenu Bénin. A se demander comment on a pu survivre avec ce grand déséquilibre. Le pire est que en un demi-siècle, le politiquement correct n’a pu s’inventer aucun autre concept que celui de : « le port est le poumon de l’économie nationale ».

Pourtant des sonneurs d’alarme n’ont de cesse de mettre en évidence combien ce port est au service de l’étranger, du bonheur des autres et de la ruine des nôtres. Toute tentative de rééquilibrage de cette balance commerciale ne peut être fatale qu’à des entreprises (surtout des industries) situées en dehors du territoire national. Ironie du sort, c’est le consommateur d’ici, que l’on dit parmi les plus pauvres au monde, qui participe à entretenir des usines à des milliers de kilomètres, à créer des emplois dans les pays d’origine des produits importés, à payer les navires affréter pour le transport, à supporter la marge bénéficiaire des importateurs. Imaginons donc la conséquence à l’étranger (pas au Bénin) d’un inversement de cette tendance. Ouvriers réduits au chômage, industriels et armateurs en faillite, importateurs en difficulté juste parce que le Bénin aurait décidé d’accorder plus d’importance à la créativité et à l’invention locales.

La panne de réflexion caractéristique de l’Etat béninois dépourvu de laboratoires d’idées (partis politique ou forces de proposition) digne de ce nom ne permet pas d’envisager la sortie d’impasse pour si tôt. Normal donc que des fantasmes des gouvernements successifs puissent continuer à fantasmer au sujet des recettes douanières, des miettes pourtant largement insuffisantes pour faire face aux problèmes de santé, d’éducation, de sécurité, de communication. Pendant que cette douane se contente de si peu, le gros des devises (récoltées auprès des consommateurs nationaux destinataires finaux des produits importés) prend la direction de l’étranger pour payer les ouvriers, les propriétaires d’usines et de bateaux, les intermédiaires et autres commerçants. Sans oublier la marge détournée par douaniers et courtisans dans les dédales de l’administration du port et des autres frontières du pays.

La mode chez nos princes, c’est lier malicieusement la fiscalité à l’importation voire à la douane. Une imposture protectrice pour des dirigeants qui s’exemptent du coup de toute obligation de proposer de nouvelles orientations. Cela permet également aux rentiers experts en achat-vente de demeurer les éternels opérateurs économiques même s’ils n’ont jamais rien produit par eux-mêmes. Je n’imagine aucune excuse pour les organisateurs du forum économique de novembre 2012 si leur démarche ne permet pas rééquilibrer les flux et les reflux du prétendu poumon économique du Bénin.

Inspirer sans expirer c’est du suicide, économiquement mortel !!!

Par Arimi Choubadé
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