Fin de l’Obamania, vive le real-Obama…

vendredi 9 novembre 2012 par Arimi Choubadé

Et la magie de 2008 fut. Le décor a beaucoup défraichi en 4 ans. Pas de révérend Jesse Jackson ni de la célébrissime présentatrice vedette Ophrey Winfrey en larmes à la soirée électorale. Très peu de cierges allumés dans les capitales africaines en guise de célébration au petit matin du mercredi 07 novembre 2012. Vraiment loin de l’extraordinaire ferveur de novembre 2008. La flamme de la petite phrase « Yes we can », déclencheuse de passion partout dans le monde a vécu. Celle de 2012 : « Foward » (en avant) est passée presque inaperçue bien que portée par le même Obama, victorieux comme en 2008. Le rêve étant devenu réalité, il fallait plaider la prolongation de ses effluves. Mais 4 années à rêver sans que cela ne se traduise dans les assiettes, les porte-monnaie et les fiches de paie pour les Africains. Très peu de changement également au tableau de la gouvernance publique. Les faux-frères de l’homme le plus puissant du monde semblent se convaincre, à tort ou à raison, qu’un mandat de plus ou de moins pour leur champion ne changerait pas grand-chose à leur quotidien. Comme si subitement il devenait le principal responsable des contradictions internes d’un continent ivre de ses dirigeants. Oubliant qu’il est élu par les Américains pour les Américains.

Le plus curieux dans cette affaire, c’est que personne n’évoque les termes exacts du contrat de départ. La « trahison » porterait finalement sur quoi ? Aux déçus de l’obamania de dire à quel niveau se trouve la tromperie. On peut se demander si c’est le fils d’immigré en route vers la maison blanche qui avait exigé des gens de s’exciter partout où il est passé, en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord. Telle une pop-star, Obama n’avait pas boudé son plaisir à s’exhiber dans les plus grandes villes du monde, drainant à chaque fois des foules en délire avant même qu’il ne soit élu pour la première fois. Or c’est l’Afrique où la star n’a pas mis pied lors de sa croisade pour le pouvoir ni en 2008 ni en 2012 qui crie à la traitrise.

On croyait pourtant naïvement que le peuple noir se satisferait de voir l’un de ses fils honoré sur cette terre où s’est écrite une grande partie de sa douloureuse histoire : traite négrière, esclavage, ségrégation raciale. Et malgré la persistance d’un racisme ambiant, le rêve s’est concrétisé. Tout comme s’était réalisé le rêve de la libération de Nelson Mandela et de la fin du régime inique de l’apartheid en Afrique du sud. De la même manière, l’élection d’Obama participe de la légende – celle d’un nègre à la tête de la superpuissance mondiale. Premier président américain à recevoir le prix Nobel de la paix pendant qu’il était encore au pouvoir. avant d’en réclamer davantage, les déçus pourraient au moins se réjouir d’être des témoins privilégiés de ces moments exceptionnels où le premier noir installé à la maison blanche rempile pour le compte du parti démocrate qui n’a réussi cet exploit que 3 fois en un siècle.

Pour ce qui est de la gouvernance en Afrique, Obama a bel bien envoyé des messages forts en visitant en premier lieu, sur le continent, l’un des pays où la démocratie a accompli de nombreux progrès en moins d’une décennie et qui possède l’une des plus fortes croissances économiques au monde, le Ghana. Les Africains semblent curieusement avoir oublié l’avertissement lourd de sens lancé depuis Accra à savoir que l’ « Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes ». Or, les premières des institutions fortes en démocratie ce sont des partis politiques républicains différents des propriétés privées appartenant à leurs seuls mécènes. C’est justement grâce à un parti fort, le parti démocrate, que lui, fils d’immigré a pu gravir tous les échelons malgré les écueils. Il ne pourrait jamais y parvenir dans le contexte des partis propriétés privées d’hommes forts caractéristiques de l’Afrique francophone principalement. Faites au moins ce qu’il dit.

En espérant faire comme lui ???

/

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1142-fin-de-l-obamania-vive-le-real.html