Le « kpayo » encore par le mauvais bout !!!

mercredi 14 novembre 2012 par Arimi Choubadé

Trouver du carburant à Cotonou, en contrebande ou légalement. Un casse-tête comme à chaque fois que le gouvernement décide d’assainir le secteur des hydrocarbures. Cette fois-ci en traquant les vendeurs de « kpayo » en pleine pénurie dans les stations-services agrées. Constat résumé par un facebookeur : « la lutte contre la vente illicite du carburant a commencé par le mauvais côté ». On a donc choisi de faire disparaitre l’existant sans au préalable s’assurer de rendre disponible la substitution. Comme si les milliers de motocyclistes et d’automobilistes qui encombrent quotidiennement les rues de Cotonou pouvaient s’en passer. Ou si les gens pouvaient se rendre sur leurs lieux de travail sans alimenter leurs différents moyens de locomotion en carburant. En vrac sur les étagères des contrebandiers ou dans les stations-services agréés, pourvu que l’essence soit accessible. En clair, la demande est là, insistante, incompressible. Tant pis si le gouvernement cherche à moduler l’offre pour des questions de perception de taxe et d’impôts.

Qu’à cela ne tienne ! D’accord pour la disparition d’office des étalages sauvages d’essence aux abords des grands boulevards de Cotonou, de Porto-Novo et d’ailleurs. Mais le prix à payer n’est rien d’autre que paralysie de tout le trafic routier au grand dam de la population. L’Etat a certainement besoin des taxes sur le commerce licite d’hydrocarbures mais il a également besoin d’un peuple au travail grâce à une circulation routière facile et libre. Tous deux constituent des gisements fiscaux de premier plan. Si la baisse des activités des stations-services pourrait causer de considérables manques à gagner pour l’Etat, il en est davantage si la difficulté de s’approvisionner en carburant devrait entrainer une baisse des activités économiques en général dans le pays. Le chantage des entreprises du secteur contre celui des consommateurs !

On se retrouve encore une fois face à la sempiternelle problématique de la méthode. C’est clair que le gouvernement béninois n’a jamais eu et ne peut avoir aucune prise sur le carburant vendu en vrac. L’éradiquer s’est révélé presque impossible à chaque tentative du fait d’une sociologie aux contours multiples et multiformes. L’apprivoiser parait tout aussi improbable. En effet, toute perception de taxe sur ce produit frauduleusement sorti du territoire nigérian ne ferait du Bénin qu’un Etat receleur avec des conséquences incalculables sur les relations avec son géant voisin. On ne peut prôner des rapports de bon voisinage et de fraternité tout en tirant profit d’un produit volé chez ce même voisin. La seule issue salutaire pour tous, c’est la disparition totale et définitive de ce trafic porteur de péril aussi bien pour les deux Etats que pour les individus parfois des femmes et des enfants appelés à manipuler ces produits malgré leur dangerosité aux plans sanitaire et sécuritaire.

Sans promettre une mort certaine à la présente campagne de traque contre le « kpayo » à l’instar de toutes les précédentes, il doit exister un moyen d’en venir à bout ou du moins en limiter les effets. Le Bénin peut d’ailleurs se réjouir qu’il ne s’agisse pas de produit hautement plus dangereux comme le cannabis ou le coca. Dans le cas d’espèce, les trafiquants ne font pas de la production eux-mêmes et ne sont pas obligés de protéger leurs bases par les armes s’il le faut. Il s’agit juste d’une question de survie, de refus de succomber à la fatalité de la part de gens qui ne cherchent qu’à manger et assumer leurs besoins fondamentaux. Or, c’est sur ces genres de défis que sont élus la plupart de nos dirigeants depuis des décennies : la promesse d’assurer un « minimum social commun » au citoyen. C’est peut-être le moment d’y parvenir.

La lutte contre le « kpayo » passe par là…

Par Arimi Choubadé
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