Que dit le Nigéria du Kpayo ???

lundi 26 novembre 2012 par Arimi Choubadé

Il parait que le Bénin s’engage dans l’ère post-Kpayo. Au bout d’un mois, le pays finirait enfin les haies interminables d’étalages sauvages d’essence en vrac le long des principales artères des grandes villes. Désormais, l’hydrocarbure se vendrait uniquement dans les stations-services agréées. L’Etat maximiserait ainsi ses recettes sur les carburants. Les drames de l’essence à l’occasion d’incendies ayant causé de nombreux décès et de blessés graves et des dommages matériels considérables ne surviendraient plus. Les risques de maladies chroniques sur les personnes sensibles (femmes enceintes, enfants, handicapés) exposées aux produits de la contrebande pourraient définitivement être jugulés. Les nombreux bras valides engagés dans ce commerce mortel retourneraient à des tâches de développement de la nation. La refondation ne se saurait se faire pendant que les citoyens les plus valeureux s’adonnent au trafic de produits hautement toxiques et inflammables.

Un grain de sable, cependant, dans cette idyllique perspective. En effet, la moindre goutte d’essence en vrac vendue dans tous les coins de rues du Bénin ne provient du territoire national mais plutôt du grand Nigeria. L’effort de ce dernier, pourvoyeur exclusif, dans la croisade contre le phénomène ne se perçoit que très faiblement. Juste un reportage sur une visite expresse du président Yayi à son homologue à Abuja sanctionné par un communiqué conjoint mentionnant l’engagement des deux Etats. Rien sur comment faire pour assécher les sources d’approvisionnement toutes situées en territoire nigérian. Or, à voir les prix pratiqués par les contrebandiers en territoire béninois, on se rend compte que le « kpayo » a ses circuits ailleurs que dans les stations d’essence agréées au Nigéria. La différence est généralement de moins de 50Fcfa sur le litre entre le prix pratiqué sur le marché noir et celui des stations nigérianes. Marge très lilliputienne par rapport aux charges du transport, des pots de vins aux gardes-frontières, de l’entretien des réseaux mafieux transfrontaliers, des ristournes des barons et des bénéfices des petits revendeurs.

Nul n’ignore que la problématique du « Kpayo » est presque une affaire d’Etat au Nigeria. Ce n’est un secret pour personne que les soubresauts liés au partage de la richesse du pétrole est en grande partie à l’origine du phénomène. On parle de chefs de groupes armés, de chefferies religieuses ou traditionnelles, de généraux, de personnalités politiques qui reçoivent régulièrement, de la part d’entreprises d’extraction et d’exploitation, d’importantes dotations en hydrocarbures récupérées par les réseaux de contrebande. Le prix à payer pour bénéficier d’une relative paix sur les sites de production. A ces canaux de ravitaillement s’ajoutent le butin issu des assauts des pirates directement sur les sites de production, parfois en haute mer, et les actes de braquages quotidiens sur des convois de camions ravitailleurs. Tout cela échoue naturellement et illégalement sur les territoires béninois, togolais et nigériens. Tant que ces sources ne seraient pas taries, le « kpayo » peut continuer sa résistance sur le terrain malgré la détermination des gouvernements successifs au Bénin.

Ceux qui évoquent souvent une éventuelle formalisation du « kpayo » peuvent abandonner rapidement cette folle idée. Aucun Etat au monde ne saurait se prévaloir de la perception de taxe sur la base du recel, du trafic voire du grand banditisme. C’est comme si le Bénin acceptait la commercialisation légale sur son territoire d’un produit volé à un pays voisin. Une apologie de l’économie du crime inconcevable d’un Etat partie aux traités fondateurs de l’Union africaine et membre de l’Onu. Le Nigeria serait alors en droit d’identifier le Bénin comme un Etat ennemi et le traiter comme tel.

Ah ! Le kpayo !!!

Par Arimi Choubadé
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