Si la guerre en Syrie pouvait sauver la France…

mercredi 28 novembre 2012 par Arimi Choubadé

Les bombes sur la Libye n’avaient pu la sauver de Standard and Poor’s qui lui a enlevé son triple A. La Syrie ne lui a pas porté bonheur, non plus, puisque c’est le tour de l’agence de notation, Moody’s, de s’en prendre, elle aussi, à son dernier triple A, épargné jusque-là. La France apparait aujourd’hui comme l’une des dernières puissances à s’arcbouter à cette doctrine des Bush qui consiste à régler tous les problèmes internes y compris économiques par des guerres démagogiques à l’extérieur. L’Irak en a été le champ d’expérimentation par excellence où les Bush (père et fils) se sont faits payés, rubis sur ongle, les déluges successifs de bombes sur Bagdad et environs par les chancelleries du Golf Persique. D’abord comme récompense de la libération du Koweït envahi par le grand voisin, imprévisible, ensuite pour la reconstruction du pays ravagé. Les Arabes n’ont pas lésiné sur les devises au nom de la liberté, de la démocratie, de l’universalité. Cela a permis aux ultras conservateurs installés à la Maison Blanche, à l’époque, de positionner beaucoup d’entreprises américaines sur de juteux marchés de reconstruction grassement financé par les émirats du Golfe qui ne savaient que faire des pétrodollars en abondance et très heureux de rendre service à leur grand protecteur.

Sarkozy avait aussi décidé de remettre au goût du jour ces thématiques d’outre-Atlantique alors que la France était gravement menacée de perdre sa superbe au sein de la zone Euro. Grand admirateur d’un certain Georges Walker Bush, le président français a identifié aussi son axe du mal qui passe par Tripoli d’où Kadhafi devrait déloger à coups de missile et de bombes. Au nom de la liberté, de la démocratie, et de l’universalité. Au détour de certains discours on se surprend d’ailleurs à entendre parler d’armes de destruction massive comme ce fut le cas avec Saddam Hussein. Mais la tripolitaine est bien loin du Golfe pour attirer la générosité débordante des émirats. Et puis la France n’a pas la même influence que le grand protecteur Yankee. Sans oublier qu’une fois Benghazi et environs libérés, elle (la France) devrait se retrouver en compétition avec d’autres puissances confrontées aux mêmes difficultés économiques au moment du partage du butin. Les trocs express, pétrole contre armes aux rebelles appuyés par les bombardements de l’Otan, n’y suffiraient pas. Le triple A français aurait quand même disparu. C’était écrit !

C’était mal connaitre la témérité de Sarkozy qui remet ça en Syrie avec le même volontarisme. Mais les jours étaient comptés pour la France et pour le mandat de son président. Il fallait que sa puissance militaire lui serve à se tirer d’affaires afin de ne pas connaitre le même sort que Grecs, Espagnols, Italiens, Belges et autres de la zone Euro. Les difficultés abyssales malgré le changement intervenu à l’Elysée prouvent à souhait que l’hexagone n’a pas de solution à sa crise. Face au chômage, aux dépenses publiques, aux impôts, on ne voit que le pathétique des incantations du gouvernement Ayrault. Même sur la touche, le prédécesseur de Hollande n’a de cesse de rappeler l’urgence à s’engager à fond en Syrie parce que cela rapproche davantage du Golfe. Les fonds de reconstruction n’obéissent généralement pas aux mêmes règles contraignantes que ceux de la finance mondiale classique.

Vu sous cet angle, le peu d’empressement de la grande France des libertés, de la sécurité du monde, de la démocratie à propos du cas malien se justifie aisément : pas de riches payeurs. C’est beaucoup plus rentable de débloquer des dizaines de millions d’Euro pour aider les rebelles syriens, malgré la crise, que de financer une bataille contre des terroristes dans l’Azawad. Attention néanmoins au retour de la manivelle ! Rien ne garantit à Paris des efforts de guerre aux retombées bénéfiques. Bachar El Assad tient bon pour le moment.

Il faut savoir choisir ses guerres…

Par Arimi Choubadé
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