Un référendum sur le coton ???

lundi 3 décembre 2012 par Arimi Choubadé

Près du 5ème du budget national soit environ 200 milliards Fcfa déversés dans les champs de coton, rien qu’au cours de l’exercice 2012. Intrants, pesticides, missions, mirco-crédits aux paysans, recherche de superficie à emblaver, tournées d’explication des ministres. Acte unilatéral du gouvernement. Dans un canton en Suisse cela aurait donné lieu à une consultation du peuple. Il parait qu’il fallait délivrer la filière de quelques péripéties conjoncturelles, en urgence. Officiellement, ce lourd sacrifice budgétaire devrait accroitre le taux de croissance économique de quelques points. Peut-être aussi qu’à la clé, le chef de l’Etat ne rougirait plus de honte à représenter le pays à plus faible taux de croissance de l’Uémoa. Autant de justifications de la décision du gouvernement d’engloutir cette faramineuse cagnotte dans un produit destiné à l’industrie de l’étranger.

Si le Bénin était encore une démocratie, personne ne s’offusquerait que des citoyens se posent la question de savoir si l’argent-là ne pouvait être utilisé autrement. Une interrogation qui entraine une autre relative à l’opportunité de produire du coton dans le pays. Donner la parole au peuple à propos des grandes orientations de la nation à l’instar de celle capable de bousiller le 5ème du budget national n’est pas si dépourvu de bon sens. On veut bien savoir comment les paysans béninois en sont arrivés à produire du coton alors que cela n’intervient que très peu dans la consommation locale. Si ce n’est que pour alimenter la poignée d’usines de fabrication d’huile végétale, nos cultivateurs ont acquis, de très vieille date, la maitrise de la culture d’un oléagineux de premier plan, l’arachide. Une expertise en voie d’étiolement avec la hantise du tout-coton et l’envahissement des marchés par des huiles végétales importées moins chers et de qualité douteuse.

Pour en revenir aux 200 milliards mis dans le coton. Imaginons la moitié de ce fonds injectée dans la production du maïs, du manioc, de l’igname, de la tomate, d’oignon. Le pays aurait fait un bond prodigieux dans sa quête d’autosuffisance alimentaire et le citoyen aurait exclu de ses préoccupations le souci d’assurer les trois repas quotidiens. La pêche et l’élevage réclament en vain des subventions introuvables pendant que le coton en déborde. On a finalement le choix entre plus d’affamés et plus de coton d’une part, et, d’autre part moins de coton et moins d’affamé ; rien que pour cela on aurait pu demander au peuple de se prononcer. En rappel : pour beaucoup moins que 200 milliards, l’incontournable dorsale inter-état, Akassato-Bohicon aurait pu être réalisé afin de faciliter l’accès aux zones de productions vivrières sur toute l’étendue du territoire national. Et si on doit faire un peu de digression, on exigerait que le 100ème de l’argent du coton, c’est-à-dire 2 milliards, soit investi à Ganvié pour qu’on en apprécie l’impact sur le taux de croissance en agonie.

Sans être expert en sociologie, on se rend bien compte que la culture du coton ne fait partie d’aucune tradition agricole du pays. Le bassin cotonnier par excellence au nord en est une illustration parfaite lorsque ce coton est constamment en conflit avec des pratiques agricoles plus anciennes à travers les abattages tous azimuts de Kapokiers, de baobabs, de néré, de karité, de manguier, de kolatier etc… Des essences centenaires détruites pour que vive exclusivement le coton. Sans oublier le processus dévastateur des intrants et de pesticides sur le sol. Ne parlons pas des menaces de déstabilisation de l’équilibre social à travers les enjeux politico-financiers. Pour tout cela, il convient de faire une halte et laisser les citoyens reprendre l’initiative par rapport à ce coton qui nous cause tant de problèmes.

Personnellement, je vote contre le coton au Bénin !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1153-un-referendum-sur-le-coton.html

Messages

  • Bel article, belle analyse aussi. Le coton est devenu un enjeu de politique régionaliste. La plupart des c"otonculteurs" sont originaires du Nord du Bénin. Pareil pour les propriétaires dont les camions cassent impunément les routes et la signalisation routière à Cotonou et environs, et qui se garent de façon anarchique sur nos voies, nous empêchant de circuler librement dans la capitale économique du Bénin. En plus, il paraîtrait que tout ceci entrerait dans le cadre d’une sécurisation des voix, des populations du Nord dans la perspective d’une modification de la constitution pour le maintien du raïs au pouvoir.

    Les politiques sont assez intelligents pour refuter la pertinence de ce que vous avez écrit. Ils savent tout ça. Mais ils choisissent délibérément d’engloutir l’argent des contribuables dans une activité préjudiciable à l’environnement, nocive pour la nappe phréatique, affameuse et dont les résultats ne sont pas à la hauteur des investissements. D’ailleurs, les langues commencent déjà à se délier. Il paraîtrait que d’énormes fortunes ont été englouties dans l’achat des intrants, les factures sont salées et surfacturées comme d’habitude. Le comble est que les récoltes ne tiendront pas la promesse des investissements.

    Référendum sur le coton, dites-vous ! il n’y en aura jamais lieu. Les politiques, eux-mêmes savent que c’est une bataille contre les moulins à vent. La LEPI est inexistante et si éventuellement on faisait des mains et des pieds pour qu’elle resucite des cendres auxquelles on l’a confinée, le vote-sanction viendra des producteurs de palmiers à huile, d’ananas, de produits vivriers. Voilà là où Yayi Boni et ses refiondateus nous ont conduits !

    • Voilà une réaction qui se rapproche de la réalité, les fondements des séries de problèmes auxquels est confronté le Bénin. Le régionalisme à outrance des groupes ethniques du Nord Bénin qui apparaissent comme des gens unis (le Bénin profond), des néopoliticiens plus rusés que les hypocrites sauvagement divisés (le grand groupe Adja, les sudistes). On focalise l’attention de tout un peuple sur une culture qui apparaît comme le patrimoine culturel des wassangari et alliés. Les producteurs d’agrume du zou ont été contraints depuis des décennies à la coton culture alors qu’ils ont déjà leur spécialité bien adaptée à leur conteste agro-écologique. Mais puisque la mauvaise foi née de l’aigreur et de la haine inexpliquée d’une époque surannée est en vogue on crée cette contre performance pour assujettir les historiques colons sudistes, les descendants des intellectuels tarés du mythique général caméléon. Du coup, pour devenir président, on fabrique un mariage contre nature avec une femme du sud afin d’endormir les descendants du Bénin de surface restés confinés avec leur grosses têtes dans leur position d’analystes

  • Un bel article qui me rappelle l’un des écrits de mon éminent professeur, le regretté socioanthropologue Claude Assaba (RIP) :"Pouvoir et savoirs". Eh oui, si pouvoir savait...!!! Je suis convaicu que si le gouvernement savait que le coton n’est point notre salut pour une croissance économique en souffrance, 200 milliards CFA, ne seraient pas engloutis sans résultats dans une filière depuis des lustres en perte de vitesse et complètement désorganisée. Tandis que l’autosuffisance alimentaire n’est pas encore une réalité et que "la révolution verte" promise tarde à venir. Le pouvoir semble avoir fait entre-temps l’option de la "révolution blanche" qui ne nourrit guère son peuple. Dans le même temps des usines agroalimentaires de transformation sont annoncées pendant que les produits agricoles qui seront leurs matières premières ne bénéficient d’aucune attention de la part du même gouvernement. Quel paradoxe ! Si pouvoir savait... il serait vraiment capable de miracles pour le Bénin pour peu !

  • 100 pour 100 d’accord..... Mais ici , on ne doit pas trop chercher a comprendre. L’avis du peuple importe peu. La dictature du developpement oblige.