Cette presse qui agonise…

mercredi 5 décembre 2012 par Arimi Choubadé

L’ami Basile Tchibozo ne décolère pas depuis la désignation des membres de la nouvelle mandature de l’Observatoire de la déontologie et de l’éthique dans les médias (Odem). Une sainte colère du Directeur de publication du quotidien Challenge qui en dit long sur une presse béninoise en roue libre. Une corporation aux allures d’une confrérie fermée et contrôlée par un petit noyau (4 à 5 individus) éclairé. Les « révoltés » ayant espéré et attendu pendant des années se désolent de ne pouvoir intégrer le cercle des banquets, et d’être confiné au rang de roue de secours. Les gourous ne veulent toujours pas admettre en leur sein de nouveaux membres. Les alliés collatéraux demeurent soumis à des compromissions toujours plus abjectes et obscures. Voilà la légitimité de cette nouvelle mandature de l’Odem immaculée par cette grogne, qui, loin d’être un cri d’aigri isolé, est le ressentiment d’un groupe de professionnels des médias excédés par le piètre sort réservé à la presse nationale.

Les Béninois savent-ils seulement que la presse béninoise est la corporation la plus rétrograde du pays où aucune association n’est reconnue par les pouvoirs publics en dehors de la seule organisation de journaliste (Upmb) et de son homologue du patronat (Cnpa) des médias régentés par les gourous ? Toute autre initiative associative est réprimée, humiliée, embastillée avec la complicité des institutions de la République. Le prétexte tout trouvé s’appelle : recommandations des états généraux de la presse. Toutes les corporations du pays ont connu leurs états généraux sans que cela n’aboutisse à l’instauration du monolithisme syndical et associatif. Sauf à la presse béninoise. Depuis lors, tout regroupement non approuvé par l’ordre établi est voué à disparaitre, de gré ou de force. Un despotisme contre lequel, le brillantissime confrère Léandre Houngbédji a lancé une charge épique il y a quelques années avant de finir par rejoindre les rangs et se faire coopter à la mandature contestée de l’Odem 2012.

La pratique sur le terrain se passe de commentaires. C’est le seul corps de métier au Bénin où on peut se faire radier de la profession ni par son employeur ni par ses pairs, encore moins par une décision de justice, mais plutôt par des censeurs aux 2/3 politiciens ou ayant reçu mandat de politiciens (Haac). C’est encore dans ce milieu là qu’il est formellement interdit de porter assistance à un confrère en danger. Les journalistes se font sanctionner, sont interdits de parution temporairement voire définitivement sans que personne ne puisse lever le petit doigt dans la corporation sans risquer des représailles. Curieusement, ces sanctions reçoivent très souvent l’approbation des seules associations admises. Omerta, délations, intrigues, coups fourrés sont les choses les mieux partagées dans le milieu. Il est rare de voir la presse béninoise mener des combats contre les multiples menaces extérieures à la corporation. Les batailles se livrent presque toujours à l’intérieur, clan contre clan, par gourous interposés.

J’ai la faiblesse de me convaincre que le contrôle de la presse échappe aux acteurs visibles et officiels. Et qu’il y a des milieux qui tirent les ficelles depuis plus d’une décennie. On y développe plus des méthodes de politiciens, de barbouzes voire de sociétés secrètes que des élans de confraternité, d’entraide, de solidarité et d’épanouissement. De sorte qu’aucun combat de la presse pour la presse n’aboutit presque jamais à savoir les allègements fiscaux pour les entreprises de presse, la suppression des peines privatives de liberté en matière de délit de presse, le code de la presse, la législation sur l’accès à l’information etc…Tenez, c’est la seule corporation à ma connaissance où le creuset des employeurs et celui de leurs employés émettent les mêmes avis sur presque tous les grands sujets à travers des communiqués de presse conjoints devenus systématiques. Imaginez Gaston Azoua s’entendre sur tout et à propos de tout avec Yayi et appeler à cosigner systématique les comptes rendus du conseil des ministres.

Voilà le Bénin et sa presse !!!

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Bonjour Arimi.

    C’est avec un grand intérêt que j’ai lu
    ton édito. Il est je l’avoue, digne d’intérêt. Vrai en
    partie mais franchement sévère par endroit.
    Nous avions,à tort ou à raison, emportés sûrement parce qu’on l’était, un tantinet snobe, par cette
    démarche euphorisante vers une presse plus professionnelle"
    - c’était le mot à la mode - qui avouons-le, nous avait éclairés sur un nouveau postulat pour notre profession mais en même temps qu’elle nous aveuglait sur les écueils qui ne manqueraient pas de se dresser sur notre route. Les états généraux n’étaient pas une fin en soi, je le reconnais mais
    leur tenue a eu le mérite de jeter certaines bases. Si aujourd’hui, après environ 10 ans, nous sommes en bute à des difficultés, je ne vois pas d’inconvénients à ce qu’on recadre.
    Ah !!! j’allais oublier l’essentiel ; JE SUIS FONCIÈREMENT ALLERGIQUE A LA PENSÉE UNIQUE.
    Donc, l’existence d’associations de professionnels n’est pas l’apanage du Bénin.
    Depuis un siècle, une loi l’a consacrée, celle de Juillet 1901. La constitution de notre pays en garanti l’exercice.
    Sais-tu Arimi, qu’aucune des associations professionnelles ayant été créées avant l’avènement des états généraux de la presse béninoise n’est dissoutes ?
    C’était un deal consensuel qui nous avait conduit aux états généraux. Que personne ne s’en écarte au risque de provoquer l’effondrement de l’édifice.

  • Voila un edito véridique et dérangeant. Ces gourous doivent bien se sentir gênés par cette vérité assénée sèchement.
    Mais, les élections ne sont -elles pas démocratiques dans le corps ??? Il revient a chacun de s’organiser pour balancer la tendance. Car tout se fait et se fera par élection, malgré les compromis et compromissions d’avant elections.

  • Pour une première fois à ma connaissance, je vois quelq’un de la presse émettre de vrais critiques à la presse.
    Je me rappelle que dans l’ex-URSS, le quotidien national "PRAVDA" émettait toujours des avis sur le programme hebdomadaire de la télé. Au Bénin, à peine osez vous dire un mot sur la télé que l’on vous coupe : ce sont des confrères qui connaissent leur travail..
    Et vous la bouclez !

  • Si je n’ose......Les donneurs de leçons que sont les professionnels des médias peuvent-ils encore en prodiguer aux politiciens, en particulier, et aux citoyens , en général, lorsque eux- mêmes sont, par leurs comportements bassement utilitaristes, l’antithèse de leurs analyses et commentaires transcrits dans leur tabloïd ?
    Au Bénin, les professionnels des médias se connaissent très bien et mieux. Les clans, les réseaux, les affinités,les amis du vendredi soir, etc.
    le début du changement ou la fin des affinités n’est pas pour demain la veille.
    Arimi comme bien d’autres- mais en nombre infime- ont une vision et savent ce qu’ils veulent non seulement de la presse mais du pays. Malheureusement les choses changent à leur rythme ! Et quand sonne l’heure, rien n’y résiste......