Il était une fois le 07 décembre 1989…

lundi 10 décembre 2012 par Arimi Choubadé

Un régime considéré comme l’un des plus répressifs en Afrique devrait tomber ce jour-là. Après une folle journée où Cotonou, à l’instigation du Parti communiste du Dahomey Pcd), a connu sa plus grande révolte de rue. Se côtoyaient femmes de marché, fonctionnaire, militants communistes clandestins, badauds, étudiants, taximen, chômeurs, tous à l’assaut des symboles de l’oppression. Personne ne voulait se faire compter la bravade du pouvoir Kérékou. Un face-à-face entre manifestants et cortège présidentiel a failli tourner au carnage. Quelques heures après, le parti unique ne dirige plus l’Etat ; le multipartisme est de retour ; l’idéologie marxiste-léniniste n’est plus l’idéologie officielle ; les prisonniers d’opinion recouvrent enfin la liberté. Deux mois plus tard le renouveau démocratique devient une réalité à travers la tenue de la conférence nationale des forces vives. Outre l’intérêt historique de cet épisode de la vie politique béninoise, les événements en question ont provoqué des retentissements au-delà des frontières nationales. Aucun autre pays de l’Afrique noire jusqu’à Madagascar n’a pu se mettre à l’abri de ce courant populaire né sur les bords du Nokoué. C’était déjà le printemps noir, 21 ans avant la révolution du jasmin en Tunisie et le printemps arabe.

Le visiteur à Cotonou le 07 décembre 2012 et ceux tous les autres 7 décembre qui l’ont précédé depuis la vingtaine d’année que dure le renouveau démocratique seraient très étonné par ce récit. De même que les jeunes Béninois dont le niveau de conscience était encore très précoce en 1989. En effet, l’indifférence notoire dans lequel est vécu ce symbolisme dans son pays d’invention défi tout bon sens. Pendant que des compatriotes sont prêts à engloutir une partie des rapines amassées durant la période de répression pour commémorer des dates de sinistres mémoires comme le coup d’Etat fondateur de la dictature du 26 octobre 1972 ou encore le début de l’endoctrinement idéologique, le 30 novembre 1974.

Difficile de trouver un seul document réalisé par des nationaux sur ces événements. la maestria de nos chercheurs, historiens et autres intellectuels s’inspirent plus facilement de la révolution française de 1789, de la naissance de l’empire romain, des origines de la démocratie athénienne, de la civilisation inca ou même de la chute du mur de Berlin contemporaine pourtant de la chute du régime du parti unique au Bénin. Élèves et étudiants béninois sont assez prolixes en citant des œuvres de Descartes, Kant, Durkheim, Bernard Henry Lévi. Bien qu’ils soient incapables de réaliser les mêmes prouesses avec des compatriotes à eux, Paul Hazoumè, Louis Hounkanri ou même Florent Couao-Zotty. On peut parler de certains des chercheurs, historiens vénérés dans nos universités engagés carrément à participer à des tentatives de falsifications des faits contre pécule. S’ils ne se décident de mener la guérilla intellectuelle contre tous les non universitaires qui osent faire leur boulot à leur place. Edouard Loko a en fait les frais lorsqu’il a eu l’outrecuidance de s’essayer à raconter la vie de Abdoulaye Issa, à la place des prétendus « vrais » historiens.

C’est effarant qu’on ne puisse pas laisser à la postérité des récits authentiques de ces événements pendant que les principaux acteurs connus et anonymes vivent encore. Et que comme d’habitude, on attende que les autres viennent nous conter nos propres épopées avec tous les risques de manipulations, d’approximation et de contre-vérités. Tout le monde peut apprécier les ravages et des conséquences d’un peuple « pas suffisamment projeté dans son histoire ». qu’on ne s’étonne pas que des rois se transforment en guignols, que des fonctionnaires trahissent leur serment, que des politiques mentent à leur peuple effrontément et que la République manquent si cruellement de repères.

Un peuple sans histoires vraies….est un peuple…

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1155-il-etait-une-fois-le-07-decembre.html

Messages

  • M. Choubadé, il n’est pas superflu de dire que vous êtes un véritable patriote, pas dans de le sens où le comprennent les patriotes ivoiriens ou encore les émules de Lucien Medjico. Nous devons célébrer nos héros, admirer les nôtres qui marquent l’histoire de notre pays. Le français ne fera jamais l’éloge de Thérèse Waounwa ou d’un certain Fantondji, de Magloire Yansounou, du Professeur Léonard Wantchekon, d’un Raymond Assogba, d’un Séraphin Noudjènoumè, d’un Barnabé Houédanou ou de Epiphane Yélomè, des élèves du Lycée Technique Coulibaly, du Lycée Béhanzin, des CEG Davié, Djassin et Gbokou et de tous les acteurs de la grève du 6 mai 1985, grève qui a montré que malgré sa cruauté, le régime révolutionnaire n’était pas indéboulonnable. Ils ont maintenu la pression sur le régime liberticide jusqu’à son écroulement. C’est aussi le lieu de rendre un hommage à nos parents qui se sont entassé dans les camions ce 7 décembre 1990, partant de Porto-Novo, Akpakpa et des autres quartiers de Cotonou pour affronter la garde présidentielle à mains nues et à coup de jets de pierre pour arracher la démocratie.

    Ceux-là ont pris des risques, misé leurs vies, parlé aux populations le langage qu’elles comprennent. Ils les ont sensibilisées et les ont aidées à forger leur conscience politique.

    C’est faute de s’abreuver à l’aune de ces faits d’arme, de militantisme estudiantin, de gauchisme, de patriotisme, de la vaillance de ceux par qui le Bénin a mûri et étonné le monde, que nous assistons à l’apathie des populations face aux dérives dictatoriales que nous observons aujourd’hui sur l’échiquier politique béninois, avec en prime, le musellement de la presse, l’invention de complots farfelus et incohérents, les disparitions de citoyens innocents, le vol généralisé, la concussion, le régionalisme, l’ignorance érigée en vertu.

    Vivement que les objecteurs de conscience, les militants et autres patriotes se réiventent pour faire échec aux menées dictatoriales des artisans de la vingt-cinquième heure.

    • Je suis fier de ce peuple, de ces femmes, de ces hommes qui savent dire "Non". Résister et tenir, tenir debout, tenir le flambeau inlassablement toujours allumé. Et le transmettre en guise de promesse à l’avenir de cette jeunesse.On ne tue pas l’Espoir.

      Séraphin NOUDJENOUME

    • Ah merci à toi pour ce message. Je souhaite vivement que les jeunes lisent cet article. Je suis parfois revolté quand je me rends compte que nos "democrates" d’aujourd’hui qui, pour la plupart buvaient du bon vin à l’extérieur pendant que nous etions dans la rue les 10 et 11 decembre, ne font même pas allusion à ces mouvements. Ils ont même oublié ceux qui ont osé prendre les devants ces jours là pour affronter la police d’un pouvoir sanglant à l’agonie. Il faut que cette histoire soit écrite forcement un jour sans être deformée !!!