Des défalcations qui entrainent des défalcations…

vendredi 14 décembre 2012 par Arimi Choubadé

Ils voulaient se faire rembourser les sommes défalquer de leurs salaires en allant en grève ; les voilà à présent sous la menace d’autres défalcations. Les enseignants pas plus avancés avant leur cessation de travail de novembre 2012 qu’après. L’opération n’aurait finalement servi qu’à créer un contentieux supplémentaire au lieu de régler l’existant. La chienlit reprend de plus belle avec d’un côté le gouvernement prostré en position de trahi à qui les vis-à-vis auraient fait un bébé dans le dos alors que des négociations seraient en cours. Légaliste, le ministre de l’enseignement jure, « à contre cœur », être obligé de faire respecter la loi c’est-à-dire défalquer l’équivalent des jours de grève des salaires des grévistes. Ces derniers, au nom de la même légalité estiment irrégulières les précédents défalcations à plus forte raison les actuelles envisagées.

Au-delà du pathétisme de ce drame social, c’est la pauvreté intellectuelle de la dialectique utilisée qui m’impressionne personnellement. Plus de deux décennies que gouvernement et syndicat ont recours systématique aux rapports de force pour trancher ce débat de défalcation. Comme dans une jungle où la décision appartient à la robustesse des muscles plutôt qu’à la pertinence des méninges. Au milieu d’eux, l’école béninoise, otage silencieux, victime aussi bien des grèves des enseignants que des représailles du gouvernement. Ceci depuis le premier régime du renouveau démocratique, celui de Nicéphore Soglo. Pourtant, chaque camp prétend défendre cette même école en déclin et empêtrée dans un environnement social de plus en plus dégradé. Même les parents d’élèves qui auraient pu servir d’entremetteur dans cette crise larvée ne parviennent pas à se mettre au dessus de la mêlée du fait de la rente et de la courtisanerie exacerbées.

Face à l’enlisement du secteur de l’éducation nationale considérée comme la plus élitiste du pays, on est en droit de se poser des questions sur les capacités intellectuelles des Béninois à se sortir de l’impasse de la gouvernance. En effet, il s’agit bien de la crème pensante du pays lorsqu’on parle des enseignants (agrégés, chercheurs, diplômés de grandes universités, etc…) et d’un gouvernement bourré d’économistes de renom, de hauts fonctionnaires, de banquiers, d’agrégés et de chercheurs aussi. Monde de prestige dépassé par un débat aussi vieux que l’avènement du pluralisme démocratique, au sujet de la légalité des grèves. Les citoyens se désolent de constater qu’il n’existe plus aucun prétoire dans le pays pour abriter ce combat autre que les plateaux de médias, la rue et les couloirs de propagande. Dans les pays de bon sens, des cours et tribunaux seraient saisis de ces différends sur fond d’interprétations controversées des textes de la République. N’en existe-il pas au Bénin pour interpréter la législation sur la grève ?

En dehors l’arbitrage sulfureux de la Cour constitutionnelle au sujet de la suppression du droit de grève aux paramilitaires, plus aucun règlement judiciaire entre fonctionnaires et l’Etat-employeur sur le droit de grève. Ailleurs, le gouvernement aurait tôt fait de déférer les motions de grève devant les juridictions en vue d’obtenir le quitus de réprimer ou non les contrevenants. Inversement, les syndicats de leur côté devraient pouvoir se référer à une juridiction pour attester de la légalité ou non d’une opération de défalcation sur salaire pour fait de grève. Surtout que les syndicalistes disposent de la latitude de recourir à des arbitrages internationaux en fonction des conventions internationales régissant ce droit reconnu universellement aux travailleurs. Ainsi, les cours et tribunaux pourraient apporter leur contribution à ce débat en l’éloignant du populisme des grogneurs, de l’activisme idéologique, des perturbations en milieu scolaires et des esbroufes par médiatiques.

Que les acteurs donnent la preuve qu’ils sont des intellectuels civilisés !!!

Par Arimi Choubadé
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Messages

  • Le droit de grève . Voila un sujet aussi épineux que controversé parmi les pléthoriques tares de nos démocraties désorientées. La preuve évidente d’un appareil juridique en panne dans un pays grouillant d’elites intellectuels à la réflexion surranée dès qu’il s’agit de prendre de décisions idoines. Il faut bien admettre que l’éducation nationale ou tout au moins les intellectuels gouvernementaux qui en ont la charge n’a pas avancé d’un iota depuis nos fameuses grèves qui nous ont conduit à deux années blanches à l’époque. En tout cas pour tous ceux dont les parents n’avaient alors pas les moyens de payer les frais de scolarité d’une école privée. Ce sont ces même comportements qui ont fini de détruire l’efficacité de l’école publique au détriment d’abondantes écoles privées plus ou moins efficientes ( un autre débat ). Il s’agit d’un droit universel mais qui comme tous les droits est assorti de son lot de devoirs d’obligations et de contraintes. C’est un sujet juridiquement surexploité. Nous ne manquons ni de loi, de règlement, de jurisprudence nationaux ou internationaux en la matière. Mais au lieu de nous remettre à tout cela devant une administration juridique pourtant docte, nous végétons comme à notre habitude dans l’immibilisme qui nous caractérise nous remettant à nos vétustes us et coutumes pour régler la situation. Les têtes Pensantes nationales prennent une fois de plus en otage une éducation qui n’est que trop lasse de toute cette cacophonie médiatique. Et des élèves et étudiants à nouveau sous les fourches caudines de nos theocrates de pacotille. Enfin d’aucuns dirons qu’il ne s’agit là que d’une pénultième limite de nos politiques. Et ils auraient raison, car il y en aurait surement d’autres. !!!

  • Problème d’Hommes, INCAPABLES GLOUTONS à ASSUMER LEUR CHARGE. A BALANCER DEHORS.