Les cadres bagnards…

lundi 14 janvier 2013 par Arimi Choubadé

On ne les compte plus ; ces cadres de l’administration publique derrière les barreaux pour manipulation dolosive de deniers publics. Leur nombre rivalise avec le nombre de scandales politico-financiers en échos quotidiennement dans les médias. Un visiteur en séjour de courte durée sur le territoire national pourrait s’étonner de ce fort taux de criminologie au sein de l’administration publique béninoise dont les cadres se font épingler à tour de bras. Mais vu de l’intérieur on pourrait plutôt s’étonner qu’il n’y ait pas davantage de cadres dans les centres de détention du pays en se référant à la légèreté avec laquelle les fonds publics sont gérés. Une kleptomanie généralisée dont on connait pourtant les motivations même si tout le monde feint de ne pas s’en rendre compte. Suivant un code non écrit mais scrupuleusement respecté, tout cadre nommé ou promu est tenu de manifester sa reconnaissance à travers des actes de propagande politique (meeting, prière, marche, campagne) au risque de se voir retirer l’avantage administratif acquis.

Même si on pourrait reprocher à certains cadres leurs ambitions mégalomaniaques, il n’en demeure pas moins vrai que la grande partie de la rapine est engloutie dans la propagande politique. Les meetings, marches et prière de soutien, l’entretien des militants et des courtisans coutent beaucoup plus cher que les buildings, carrosses et maitresses réunis. En dehors des actions visant à garantir le maintien au poste, il fallait penser à son propre bien être matériel et physiologique. Le tout mis ensemble forme de grosses entailles dans les comptes de l’Etat. Le gestionnaire de fonds publics se retrouve finalement très exposer à la moindre inquisition rigoureuse. Tant pis pour les imprudents par ces temps où la lutte contre la corruption se nourrit de brebis galeuses, de cadres lâchés par les parrains et des menus fretins. Même si jusque là, le prix à payer se limite très souvent à la vindicte médiatique plutôt qu’à des procès et des condamnations fermes.

Personnellement, je ne m’explique toujours pas le stoïcisme ambiant des cadres de l’administration publique béninoise. Puisqu’en définitive une grande partie du financement de la propagande politique repose sur eux ; ou plutôt repose sur leur capacité à voler le trésor public. Au Bénin, promotion rime presque automatiquement avec la posture de voleur de deniers publics. À ce jeu, les cadres deviennent plus des victimes que des profiteurs. Contraints qu’ils sont de vivre le restant de leur vie avec la conscience d’avoir été des fossoyeurs de l’économie nationale, d’avoir éduqué leurs enfants avec l’argent du vol et du détournement. Ils auraient par contre la conscience plus nette au cas où la propagande politique se financerait autrement.

En clair, ceux qui ont le plus intérêt à ce que la question du financement des partis politiques soit réglée une fois pour de bon, se sont ces cadres, potentiels bagnards, en liberté ou déjà en conflit avec la légalité. Afin de les décharger de l’humiliante corvée de bras financier de la politicaillerie à l’origine de l’arriération du Bénin (croissance économique la plus faible de la sous région). Le pays ne gagne rien à transformer les principaux animateurs de son administration publique en voleurs patentés, chargés de détourner l’argent de l’Etat pour le compte de leurs partis politiques respectifs. Les bagnards actuels ne sont pas forcément les plus pourris ou ceux ayant « volé » le plus de deniers publics. Mais plutôt ceux qui n’ont pas eu les plus puissants parrains ou qui sont en rupture de banc avec le système ou encore qui ont cessé d’être utiles. Il n’est pas exclu non plus qu’un changement de régime soit fatal à d’autres bien couverts jusque là. Tout ça parce qu’il n’existe pas de législation sur le financement des partis.

Pathétique ce que le Bénin fait de ses cadres !!!

Par Arimi Choubadé
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