Nous voici en guerre !!!

mercredi 16 janvier 2013 par Arimi Choubadé

Auparavant, vues du Bénin, les images d’horreur sur les postes téléviseurs paraissaient bien lointaines. Cette fois-ci, il ne s’agit ni de vidéo ni de cinéma-fiction ; l’expédition de soldats béninois au nord Mali en soutien aux forces maliennes et françaises est une entrée pure et simple dans l’enfer. Rien à voir avec les départs en fanfare pour des opérations dites de maintien de la paix suivis de retours au pays sur fonds de querelles de primes et d’avantages divers. A présent, ce sont des départs pour la guerre. Les habitués de ces genres d’aventures (Américains, Français, Anglais etc…) connaissent parfaitement les affres des retours de cercueils couverts du drapeau national, des soldats sur civières ou accrochés à des béquilles sans parler des disparus ou prisonniers de l’ennemi lointain.

Dans le contexte de la situation au nord Mali, l’éventualité d’un positionnement sur de prétendues bases arrières n’offre aucune garantie de sécurité aux soldats béninois. Leurs frères d’armes maliens sensés être en première ligne ne sont pas réputés être des braves au front. Eux qui détalaient devant les rebelles abandonnant armes et bagages au moindre coup de semonce. Au milieu d’un tel bourbier, une base arrière peut rapidement devenir une ligne de front et personne ne peut prévoir ce qui pourrait se passer ; surtout qu’on nous dit qu’il s’agit de « fous » de Dieu capables des pires extrémités. Rien n’indique non plus qu’ils n’aient pas infiltré afin de créer des dégâts au sein des troupes internationales comme c’est le cas quotidiennement en Irak et en Afghanistan. Malgré leurs moyens très sophistiqués et leur maitrise totale du ciel, les Français ont subi leur première perte en homme dès les premières frappes. La preuve que le risque est présent pour toutes les troupes, quelles qu’elles soient.

On ne peut donc pas se permettre de faire l’économie d’une large préparation de l’opinion sur le sujet avant tout envoi de soldats au Mali. Depuis la capitulation de Béhanzin, il y a plus d’un siècle, le Bénin a perdu toute tradition de guerre. Les citoyens devraient savoir qu’il n’est pas exclu que, dans le cas présent, certains de leurs compatriotes ne reviennent pas vivant au pays ou reviennent sur des chaises roulantes ou disparaissent à jamais ; s’ils ne deviennent des otages, captifs des « fous » de Dieu. Les proches parents des envoyés au front devraient être à l’abri de rumeurs déformées nourries pas les aléas du terrain. Lorsqu’on sait que la presse locale ne pourrait logiquement pas couvrir cette guerre exclusivement accessible aux seuls médias du vainqueur pré-désigné (France). Un déficit communicationnel à prévoir et à combler face à une opinion et à des parents de soldats très loin de la réalité. Le fait d’être situé à des milliers de kilomètres du théâtre des opérations ne met pas le territoire béninois à l’abri de représailles terroristes à l’instar du Kenya, de l’Ouganda et de l’Ethiopie cibles d’attentats et d’enlèvements d’otage de la part des shébabs somaliens à cause de la présence de leurs soldats respectifs dans la corne de l’Afrique en lutte contre le terrorisme.

Les seules images de rebelles calcinés, brûlés vifs, mutilés par les bombes françaises ne suffiraient pas à apaiser les familles béninoises au cas où elles devraient payer un prix humain à ce conflit. Hollande et ses généraux sont les seuls à savoir pourquoi l’intervention directe de forces françaises totalement exclue selon le discours officiel est subitement redevenue nécessaire quelques semaines plus tard. Au point où les hostilités sont déclenchées au moment où leurs alliés africains s’y attendaient le moins. Il y a toujours un prétexte à faire une guerre surtout lorsqu’on évoque la « menace Djihadiste ». Même si, en Syrie, on n’hésite pas à armer et à financer des « fous » de dieu hautement plus sulfureux contre Bachar.

« La guerre a ses raisons que la raison ne connait point »…

Par Arimi Choubadé
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