La panne de joie ???

mercredi 20 février 2013 par Arimi Choubadé

Des lustres que rêves, espoirs, folies ou sensations se font rares en terre du Bénin. Sous d’autres cieux, malgré la grisaille et parfois malgré des événements douloureux, la jeunesse parvient à se procurer quelques rêveries quoique passagères. A l’instar de celles des 16 nations présentes à la dernière Coupe d’Afrique des nations de football en Afrique du sud ayant vibré au rythme des prestations de leurs idoles. Ne parlons pas de ces jeunesses dopées par leurs cadres de vie en perpétuelle transformation. On peut imaginer toutes les opportunités à portée de main dans des pays à très fort taux de croissance sur le continent (à deux chiffres parfois) comme le Ghana, l’Ethiopie, le Niger, l’Afrique du sud, le Nigéria et consorts. De cette Afrique en marche et pressentie pour être le prochain débouché pour l’économie mondiale.

À contrario, on peut se rendre à l’évidence de la rareté des éclaircies sur le quotidien des Béninois, sans verser dans une comparaison déraisonnée. Comme si nous avions perdu le droit de célébrer la moindre joie collective sur notre sol. Par ici, les célébrations ont nom concours d’admission à la fonction publique sur fond de polémique, calvaires juridico-politiques pour des ministres en fonction ou d’anciens ministres, déboires des clubs de foot engagés dans les compétitions continentales, impasse sur le processus électoral à propos des municipales, crises larvées dans presque toutes les institutions sociales, religieuses, sportives voire politiques. Jamais de sujet pouvant exalter le sentiment d’appartenance à une nation porteuse d’espoir pour ces citoyens. Impossible pour les chroniqueurs de toutes tendances d’éviter de tremper leurs plumes respectives dans la gadoue ambiante ; sans qu’on ne puisse les accuser de perversité délibérée.

Il suffit de demander à un jeune étudiant de se rappeler du jour où il a assisté à la prestation d’un artiste d’envergure continentale voire planétaire, en live à Cotonou, Porto-Novo ou Parakou. Un peu comme l’époque où les Dagothy ou autres Jimmy Production rivalisaient à débarquer des célébrités dans ces villes. Dans un passé encore très récent, les noctambules de Cotonou pouvaient s’offrir de brèves virées jusqu’à la lisière d’Abomey ou de Bohicon en une nuit. Ce qui n’est même plus possible vu l’état de dégradation avancée des routes inter-états du pays. Faire moins de 50 km en voiture à partir de Cotonou relève d’une redoutable épreuve destinée à décourager les aventuriers les plus résolus. Certains n’hésitent déjà pas à comparer cette lancinante descente collective vers les abîmes à l’odyssée macabre du célébrissime navire, le Titanic.

Détenir le taux de croissance le plus faible de l’une des zones économiques les plus arriérées au monde (Uemoa) n’est pas de nature à favoriser une inversion de la tendance. L’exercice aujourd’hui consiste à se convaincre (entre fils du Bénin) de la gravité de la situation, surtout dans un contexte politique que l’on dit relativement apaisé. C’est presque un suicide collectif de laisser les instincts de survie prendre le dessus sur toute solution d’ensemble. Repli communautaire, favoritisme, régionalisme ont remplacé la solidarité, la mobilisation générale ou le sursaut national. Cette fois-ci, vous voici dans la réalité, la vraie, celle qui ne peut se conjurer sur la base d’un simple slogan : génie béninois. Les gens ne vivent plus, ils attendent seulement la vieillesse puis la mort. Cela ne donne plus envie de rire.

Avons-nous perdu le droit au bien-être ???

Par Arimi Choubadé
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