De la contrebande crapuleuse …au banditisme d’Etat ???

jeudi 21 février 2013 par Arimi Choubadé

Le trésor public se serait procuré une nouvelle source d’approvisionnement à savoir la revente du « kpayo » c’est-à-dire les hydrocarbures de contrebande. Le butin serait réparti entre les caisses de l’Etat et celles de la Société nationale de commercialisation des produits pétroliers (Sonacop). Cette révélation conjointe des responsables de la douane et de la dite société aurait dû constituer une bouffée d’oxygène pour une économie en proie à une grisaille exceptionnelle. Non seulement nos grandes cités seraient bientôt entièrement débarrassées de ce trafic à haut risque pour la santé, l’environnement, la sécurité et la salubrité. Mais également, le pays pourrait recueillir des ressources additionnelles afin de faire face aux nombreux défis sociaux non résolus jusque là. La République aurait pu sortir ses plus prestigieuses décorations au profit de tous les acteurs de cette répression si à l’analyse quelques grains ne sable ne viennent nous rendre la compréhension plus compliquée qu’auparavant.

Ma plus grande préoccupation à travers ce puzzle, c’est la place réservée au grand voisin du Nigeria. On ne peut, en effet, occulter tout le préjudice subi par ce dernier du fait de la persistance de cette contrebande. Le géant de l’Est est quotidiennement en proie à des actes de piraterie en haute mer sur des navires pétroliers, des attaques de sites de stockage, des braquage de convois, des siphonages sauvages de pipelines, des détournements des dotations gratuites réservées à des autorités militaires, politiques, religieuses etc… Des actes de grande criminalité dont le principal théâtre demeure le territoire nigérian d’où le « kpayo » tire l’essentiel de sa substance. A priori, ce ne sont donc pas des produits légalement acquis chez le voisin et frauduleusement introduit au Bénin. Les deux Etats étant des victimes du trafic toute solution devrait satisfaire les intérêts respectifs afin d’annihiler à l’avance toute friction entre eux.

En affirmant tirer bénéfice tout seul de la vente des produits pétroliers saisis, alors que le phénomène est loin de connaitre un déclin, le Bénin court le risque de déclencher l’ire du côté d’Abuja. A la longue, cela pourrait se transformer en une rente permanente destinée à renflouer les caisses de l’Etat béninois et de la Sonacop exclusivement sans qu’on ne tienne aucun compte de l’Etat propriétaire présumé voire légitime des produits saisis. Dans un passé très proche, les autorités nigérianes avaient invoqué le droit de poursuite en territoire béninois au plus fort de l’affaire Hamani au motif que le Bénin ne ferait pas assez pour la lutte contre le crime transfrontalier. La persistance du trafic de produits pétroliers pendant que la douane béninoise se targue d’engranger des ressources à travers la répression serait bien appréciée si en même temps on nous rassure que tout cela se fait avec le consentement du grand voisin.

Faisons volontairement abstraction de toute la problématique liée à la procédure ayant abouti à la vente des produits saisis notamment en ce qui concerne le contrôle, l’estimation des quantités saisies, la nature du produit, la compensation des frais engagés dans la lutte, la budgétisation des recettes etc… Par contre le choix de la Sonacop pour ponctionner sur les recettes effectuées appelle quelques réflexions. On serait curieux de prendre connaissance de la réaction des autres sociétés du secteur à propos du jackpot gracieusement offert à la Sonacop alors qu’elle venait de bénéficier de près de 3 milliards d’apport de la part de l’Etat, il y a quelques mois à peine ; dans un environnement dit concurrentiel. Je n’oserai pas croire que le Dg/Douane a fait remplacer le Nigéria par la Sonacop dans la répartition des fruits engendrés par la saisie des produits saisis.

Attention donc au réveil du géant voisin !!!

Par Arimi Choubadé
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