Un coup d’Etat au Bénin ???

mardi 26 février 2013 par Arimi Choubadé

23 ans après la conférence nationale. L’actuel régime politique, celui de la démocratie, en bute à des menaces de coup d’Etat supposées ou réelles. Alors que l’on le croyait définitivement à l’abri de toute remise en cause brutale du fait de son record de longévité. Jusqu’à l’annonce d’une vague d’arrestations dont celles de plusieurs hauts gradés de l’armée. Le Bénin qui étale une nouvelle fois en grands caractères sur la place publique l’incurie de son processus démocratique en cours depuis la conférence nationale de février 1990. Apparemment, présumés putschistes et traqueurs de putschistes ne semblent tenir aucun compte du contexte international du moment réfractaire à toute aventure de ce genre, pratiquement sans issue.

Imaginons en effet l’avènement d’un coup d’Etat et sa conséquence instantanée : fermeture des frontières, du port, de l’aéroport, suspension de la coopération internationale, exclusion du pays des organisations internationales, régionales et sous régionales etc... Le tout puissant capitaine malien Sanogo connait le refrain par chœur : retour de l’ordre constitutionnel, rétablissement des responsables élus « démocratiquement », retour des militaires dans les casernes puis éventuellement sanctions à l’encontre des contrevenants à l’ordre constitutionnel. Les putschistes béninois ne pourraient se soustraire à cette logique implacable. Avec l’état actuel des finances publiques, on se demande comment assurer une seule mensualité salariale si port et frontières restaient fermés durant plus d’une semaine. Dans le cas du Bénin, les nouveaux maitres devraient trouver de bons arguments capables de briser le blocus international puisque Yayi n’est ni Tandja (manipulateur de loi fondamentale) ni Amadou Toumany Touré en fin d’un règne chaotique encore moins un ancien putschiste comme ce fut le cas en Mauritanie ou en Guinée Bissau.

En d’autres termes, un coup d’Etat « réussi » est quasi impossible à moins que le véritable dessein soit d’attenter lâchement à l’intégrité physique des actuels dirigeants. A quoi cela servirait-il alors de prendre le pouvoir sans pouvoir l’exercer en toute quiétude. Une fois installé à la Marina, la seule dénonciation de l’ancienne équipe ne suffirait pas à assurer les salaires, le fonctionnement de l’Etat, la propagande et la transition politique au besoin. On serait curieux de savoir qui, à l’étranger, manifesteraient de la sympathie et de la complaisance envers des auteurs de coup d’Etat dans le pays précurseur de la conférence nationale et de la transition pacifique en Afrique. Du pain béni pour la « communauté internationale » toujours prête à asséner ses leçons de démocratie, de bonne gouvernance, de respect des institutions de la République, de l’irréversibilité de la légitimité par les urnes etc…

Néanmoins, l’illusion serait de penser que le Bénin est définitivement à l’abri de tout revirement douloureux de l’expérience démocratique en cours depuis 1990. Depuis l’historique conférence nationale le pays peine à enchainer d’autres pas significatifs dans la consolidation du processus. Très peu d’effort ont été fourni sur la voie de la consolidation des institutions. Une fragilisation qui tient d’une législation assez laxiste sur la vie des partis politiques notamment au sujet de leur financement. Les acteurs politiciens ont toujours préféré s’agripper à des hommes forts providentiels (Soglo, Kérékou, Yayi) plutôt qu’à des institutions fortes. À force de jouer avec le feu pour des considérations d’ordre bassement stomacales… Le génie a déserté les méninges pour élire domicile au bas ventre…

Nous voici ballotés entre djihadistes et putschistes…

Par Arimi Choubadé
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