Jean-Paul II avait mis la barre trop haute…

vendredi 1er mars 2013 par Arimi Choubadé

Comment succéder à l’hyper charismatique polonais ? Énigme restée entière 8 ans après le décès de l’ancien souverain pontife. Premier chef de l’église romaine originaire de derrière le rideau de fer, rompant avec un long cycle de Papes italiens. Symbole de grand courage après son retentissant « n’ayez pas peur » à l’endroit de ses compatriotes à l’époque encore sous le joug du parti unique. Il était toujours là quand, à Berlin, s’effondrait le mur de l’oppression. Manqua de peu de se faire assassiner par un extrémiste islamisant avec qui il finira par faire la paix en lui rendant visite dans sa cellule de prison. Charismatique à son avènement, durant son règne puis à sa disparition, même au-delà. Presque un fardeau très lourd a porté par sa succession. Etre aussi diplomate, politique, humaniste, médiatique, charismatique, activiste que Carol Wojtyla demeure encore un challenge 8 ans après sa mort.

Les Béninois auraient pu pourtant adopter son dauphin, Benoit XVI, le nouveau (ancien) Pape qui s’est officiellement proclamé ami du Cardinal Bernadin Gantin national et qui n’a pas hésité à aller se recueillir sur la tombe de ce dernier à Ouidah en 2011. Sauf qu’un certain Jean-Paul II l’y a précédé quelques années plus tôt et y a marqué les esprits durablement à l’issue de ses entretiens avec les dignitaires du culte vaudou que même des prélats nationaux considéraient jusqu’alors comme des bastions de la négativité et du paganisme. Il a également traversé le territoire béninois du sud au nord à la rencontre de dignitaires du culte musulman à Parakou. Sans oublier qu’il a gratifié le petit Bénin de deux visites au cours de son pontificat, une première fois durant la période sombre du parti unique (1982) et une seconde fois au début du renouveau démocratique (1993). Le seul fait d’être l’ami du Gantin national n’a pas suffit à Benoit XVI pour combler des empreintes si incrustées dans la mémoire collectif dans un pays aussi attaché aux symboles.

Toujours cet ombre du Pape polonais partout où Benoit XVI met les pieds. Lorsqu’il va prier dans une mosquée en Turquie, des gens se sont empressés de lui rappeler que son prédécesseur s’était déjà rendu dans un lieu de culte musulman avant lui. Son brulot contre l’Islam en début de pontificat le privait d’office du label de meilleur chantre du dialogue interreligieux après le remarquable parcours du polonais. Pour entrer dans l’histoire face à ce Jean-Paul II, Benoit XVI devrait faire plus que régner à Rome. Pourquoi pas une sortie théâtrale ? Une démission retentissante, historique, puisqu’aucun pape n’y avait fait recours depuis plusieurs siècles. De cette sorte, Ratzinger n’est plus désormais un quelconque Pape non-italien dont le ministère a suivi celui d’un géant emblématique. Le souverain pontife allemand devient donc pour l’histoire le « Pape Emérite », démissionnaire, juste délesté de quelques accoutrements papaux (bague et chaussures). Son départ programmé, organisé, minuté, hyper médiatisé a tenu en haleine la planète entière durant plusieurs semaines. Au Pape charismatique a succédé le Pape émérite ! Alléluia !

Des analystes trouvent néanmoins que le sort a été un peu ingrat vis-à-vis de Benoit XVI qui aurait été d’un grand secours dans la réussite du pontificat de Jean-Paul II. En effet, la cardinal Ratzinger était le véritable gardien du temple investi de la mission de limiter les élans trop novateurs de son prédécesseur pendant le règne de ce dernier. Il était celui qui veillaient que la chapelle ne chavire point pendant que le chef s’occupait à séduire le monde. Un apport dont Ratzinger n’a malheureusement pas pu bénéficier. Au contraire, une fois le défenseur du temple passé du côté de la lumière, des flashes, de la cosmétique, du bling-bling et de la mondanité, il ne restait plus grand monde pour protéger les arrières. D’où le flot de scandale déversé sur la place publique depuis l’intérieur de la Curie romaine, pourtant réputée pour son imperméabilité.

Tout cela valait peut-être une sortie aussi fracassante, une sortie papale « émérite »…

Par Arimi Choubadé
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