Déshonorées par les honorables…

vendredi 8 mars 2013 par Arimi Choubadé

8 mars, au lendemain du concert de brulots parlementaires contre la gent féminine. Scandalisés qu’ils étaient, les honorables, qu’on ait osé chercher à mettre l’homme et la femme sur le même palier social sous le prétexte de l’accessibilité aux fonctions politiques. Passons tous les noms d’oiseau débités en plein hémicycle ce jour-là. Finalement, l’étude et l’adoption de la loi portant accès équitable aux fonctions publiques ont été renvoyées aux calendes grecques. Les mâles de l’hémicycle, à travers une paranoïa à fleur de peau, ont a pu démontrer toute leur puissance en décidant de maintenir le sexe dit faible dans sa posture dégradée actuelle. Heureusement qu’il y a le 8 mars pour soigner la cosmétique et faire oublier les insultes parlementaires, « déshonorantes » pour tous les féministes de la terre entière. Il parait que le refondateur en chef sait trouver les mots justes pour faire oublier humiliations, fausses promesses, maltraitances et injustices. « Vous êtes toutes belles !!! ».

Mais le palais des gouverneurs de Porto-Novo a déjà connu dans le passé de « faux » combats liés justement à l’égalité entre genres. Les processus d’adoption du code des personnes et de la famille, les lois sur les violences faites aux femmes, le harcèlement sexuel ou les mutilations génitales ont permis de voir comment des convictions exprimées avec force et détermination en un jour au sein de l’hémicycle peuvent se fondre dès le lendemain sur le même sujet au même lieu. Tout le monde sait que le parlement béninois n’a aucun moyen de s’opposer à un texte voulu et imposer par les partenaires techniques et financiers. On oublie souvent que ce sont ces mêmes patriarches prétendument très attachés à la tradition qui ont supprimé la polygamie après une timide résistance. Pareil en ce qui concerne les violences faites aux femmes et le harcèlement sexuel.

C’est un secret de polichinelle que l’adoption de cette loi portant égalité d’accès aux fonctions publiques entre homme et femme conditionne l’éligibilité du Bénin à des sources de financement de plusieurs projets de développement. Ce qui signifie des ressources additionnelles pour le budget national. La question se pose donc de savoir si le Bénin a les moyens de renoncer à ces apports pour des convictions faussement patriarcales. Si dans le passé les députés ont renoncé à la polygamie, au harcèlement sexuel érigé en mœurs, à la violence sur la femme pour quelques jetons de présence, des missions à l’extérieur, des séminaires, on ne voit pas comment ils résisteraient longtemps encore à ravaler leurs vomissures par rapport au cas actuel.

Sans être un féministe au premier degré, j’ai été personnellement écœuré par quelques discours entendus au sein de l’hémicycle de la part de gens qui prétendent défendre une certaine tradition. Un hymne à l’injustice et à l’ingratitude qui fait froid dans le dos. Le déséquilibre actuel entre les deux genres n’a rien de naturel. Il procède d’une injustice originelle qui voudrait que les arbitrages liés au contexte de pauvreté soit favorable aux mâles. Face à la rareté des revenus, les familles devraient sacrifier les enfants femelles afin d’accorder les meilleures opportunités aux mâles. Des statistiques sur le nombre de filles qu’on a dû retirer des salles de classe afin de pouvoir faire face aux frais de scolarité des garçons pourraient mieux éclairer les honorables. Du nombre de femmes ayant abandonné leurs boulots juste pour pouvoir mieux s’occuper de leurs rejetons masculins. Ils ont oublié les valeureuses amazones qui ont renoncé à tout pour aller faire la guerre à la place des hommes. La société inégalitaire actuelle n’est que la somme de ces petites injustices faites contre un genre depuis des siècles et siècles. Et c’est cela qu’il est demandé aux députés de rectifier comme d’autres l’ont déjà fait dans d’autres pays. L’honorabilité ne se décrète pas ; elle se mérite !

Au quartier « crétin » de l’Afrique le patriarcat est une religion !!!

Par Arimi Choubadé
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