Et si le Kenya faisait partie de la Françafrique ???

lundi 11 mars 2013 par Arimi Choubadé

Cette fois-ci le Kenya n’a pas flambé. Si l’on s’en tient au discours du vaincu proclamé, Raïla Odinga, le risque de déflagration est très minorée. Lui, le perdant, n’hésite pas à faire l’éloge de la justice de son pays avant même de contester devant elle les résultats proclamés par la commission électorale. Avec la promesse ferme faite à ses compatriotes qu’il s’en irait s’ils ne voulaient pas de lui comme chef de l’Etat. Discours aux antipodes du « on gagne ou on gagne » relayé en boucle par les « patriotes » de Blé Goudé durant la saga électorale en Côte d’Ivoire en 2011. Le même gout de crise vite pacifiée observé au Ghana, au Libéria, en Sierra-Léone et même au Zimbabwé. La plupart de ces processus de pacification s’est inscrite dans une irréversibilité à toute épreuve avec en filigrane une extraordinaire notion de partage du pouvoir ; des concurrents politiques, côte à côte, dans un même gouvernement au Zimbabwe puis au Kenya au bout d’une transition républicaine vers des élections moins controversées.

A se demander alors pourquoi dans l’Afrique de la France (zone d’influence de la Françafrique), les crises ne se terminent presque jamais. Togo, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry, les deux Congo, Mali, Mauritanie, Madagascar, Gabon etc… Comme si l’appartenance à cette communauté de langue rime avec fatalisme. Les crises y naissent mais ne se résolvent presque jamais définitivement. Dans cette Afrique-là, le partage du pouvoir est un tabou. Le pouvoir se confisque et se transmet de père et fils ou au sein de la même ethnie. Pas question d’associer des gens n’appartenant pas à la même famille ou à la même région. Lorsque par extraordinaire survient une alternance c’est un ostracisme qui succède tout bonnement à un autre ; les oppressés deviennent très vite des oppresseurs et la dérive se perpétue sous bonne garde de l’ancien colon qui conserve l’essentiel des prérogatives de la souveraineté à savoir la monnaie (Cfa), la défense (troupes françaises en Afrique), la diplomatie, l’éducation…

Faisons le pari de comparer le Kenya au Mali au bout de quelques années. Pour une fois, permettons de lire dans une boule de cristal et nous y verrons Odinga, Kibaki et Uhuru Kenyatta en hommes d’Etat inspirant un leadership fécond à la marche de leur pays, le Kenya. On verrait, par contre, au Mali, un vaste désert jalonné d’orphelins dont les parents ont été éventrés par des bombes étrangères au nom de la traque contre les terroristes, des villes dévastées jamais reconstruites, des champs infestés de mines anti personnelles, des zones de non droit. La chienlit s’installe durablement à Bamako sous la bénédiction de réseaux d’influence établis naturellement à Paris. Ce n’est pas un hasard si l’Uemoa (Afrique de l’Ouest) et la Cemac (Afrique Centrale) comptent parmi les régions économiques les plus arriérées du continent voire de la planète.

Si le Kenya passe son examen électoral 2013 sans casse comme cela se profile au lendemain de la proclamation des résultats, cela confirmerait définitivement l’ancrage de l’Afrique qui marche d’une part et d’autre part, de l’Afrique qui se meurt parce que sans personnalité, sans identité propre, sans ligne directrice. Dans cette Afrique, on continue de se charcuter lors de crise postélectorales sur plusieurs années ; de tripatouiller les constitutions ; d’exclure les opposants des instances de prises de décision ; de trainer des taux de croissance en pointillés ; d’entretenir des crises politiques intermittentes. Une partie du continent qui perd un à un tous les symboles de valeur et de référence. Même le quartier latin, précurseur de la démocratique et des conférences nationales n’est plus que l’ombre de ses propres complots et obsessions.

Le malheur d’être de cette Afrique-là…

Par Arimi Choubadé
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