Diagnostic excellent, solution pathétique !!!

mercredi 27 mars 2013 par Arimi Choubadé

Conférence nationale ? Conférence économique ? Conférence souveraine ? Il ne s’agit plus de murmures ni de rumeurs. Acteurs politiques, analystes voire intellectuels en font désormais revendications, propositions de sortie d’impasse, projets de société, chevaux de bataille. Exactement comme il y a 23 ans. Le conditionnement de l’opinion sur de prétendus palabres foraines incontournables marche à plein régime par médias interposés. A croire que depuis février 1990, l’intelligentsia béninoise avait été congelée et n’avait que très peu évolué dans sa manière de rechercher les solutions aux problèmes. C’est finalement tout le lyrisme angélique enfourché par les différents tribuns à l’hôtel Plm Alédjo lors de la conférence nationale fondatrice du renouveau démocratique qui est en train d’être barbouillée de rides rédhibitoires. Le « gardez le cœur chaud, la tête froide… » de Mgr De Souza renchérit par le « nous avons vaincu la fatalité… » de Albert Tévoédjrè sonneraient désormais creux.

Unanimité, cependant, sur le diagnostic du professeur Valentin Agon et de son compagnon. La panne de développement crève les yeux et s’impose à de tous y compris les détenteurs actuels des leviers du pays. Le Bénin détiendrait le plus faible taux de croissance économique de l’Uémoa (l’aveu vient du chef de l’Etat en personne). L’Uémoa étant l’une des zone économiques les plus pauvres au monde, avouons qu’il y a suffisamment de quoi déclencher la honte présidentielle. L’échec de la plupart des réformes engagées et sensées inverser la tendance en vain vient en rajouter à l’impasse. Valentin Agon a donc diagnostiqué juste en affirmant que le port de Cotonou tel qu’il fonctionne actuellement est beaucoup plus un instrument d’appauvrissement du pays qu’un poumon pour l’économie nationale. Poumon hyper déséquilibré dont le rôle principal est d’aspirer tout ce qui est produit à l’extérieur pour n’expirer qu’une quantité négligeable de produits fabriqués sur le territoire national.

L’intellectuel ne manque pas d’audace lorsqu’il épingle sans complexe la marginalité du Cfa sur le marché financier international. Selon Agon, le Cfa sert à maintenir ses utilisateurs dans une servilité éternelle qui n’offre aucune possibilité d’épanouissement de leurs économies respectives. La France est même soupçonnée de manipuler les devises qu’elle recèle et sur lesquelles les véritables propriétaires n’ont aucune prise ni dans leur gestion ni dans leur contrôle. Haro donc sur la dépendance monétaire à l’origine de la dépendance diplomatique, militaire, politique, culturelle voire existentielle. La Françafrique dans toute sa splendeur institutionnelle. D’où la recette préconisant des assises nationales souveraines des forces vives pour en venir à bout, selon les diagnostiqueurs.

Le pathétisme de cet appel aux palabres nationales réside dans son absence d’originalité et de pertinence. La souveraineté, la seule, au Bénin, est détenue conjointement pas les institutions de la République. Assise souveraine signifie suspension simultanée de la présidence de la République, de l’Assemblée nationale, de la Cour constitutionnelle, de la Haac, du Conseil économique et social, de la Cour suprême donc de la constitution purement en simplement. Qui détient la légitimité de contraindre toutes ces institutions à renoncer à leurs prérogatives ? Et puis il y a ce sentiment de déjà vu dans toutes ces propositions. Le Bénin a connu la conférence nationale, la conférence économique, le forum sur le partenariat public-privé, les états généraux dans tous les secteurs, les séminaires, les ateliers de validation, les missions etc... Et pourtant, il existe bel et bien dans notre arsenal la recette capable d’inverser la tendance sans suspendre l’Etat de droit : l’article 5 de la constitution ! Exclusivement ! Enfin le pouvoir aux partis politiques !

Et ça personne ne veut y croire !!!

Par Arimi Choubadé
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