Article 5 de la constitution !!!

vendredi 29 mars 2013 par Arimi Choubadé

« Les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent librement leurs activités dans les conditions déterminées par la Charte des Partis politiques. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale, de la démocratie, de l’intégrité territoriale et la laïcité de l’Etat… » Article 5 de la constitution du 11 décembre 1990.

En parcourant tout le texte de la constitution, on s’aperçoit très clairement que, dans l’ordre chronologique, le constituant béninois fait du parti politique la première institution de la construction du renouveau démocratique (après le peuple). Il vient avant la présidence de la République, l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle, la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication, le Conseil économique et social, la Cour suprême et autres. Personne ne sait alors par quelle argutie intellectuelle cette 1ère institution est tombée en désuétude, reléguée à l’informel à la merci d’aventuriers, de charlatans, de mafieux, de corrompus, de faux placeurs d’argent, de marcheurs professionnels et de courtisans. Pourtant toutes les autres institutions vont y tirer l’essentiel de leurs membres à chaque renouvellement de mandat. En d’autres termes, la vie de la nation est abandonnée à des structures dont on ignore tout du mode de fonctionnement, de cooptation, d’animation, de financement. De véritables associations de malfaiteurs, dirait l’autre, à qui est confié la gestion de la cité. On s’étonne après d’une telle pauvreté dans le débat public.

Suivant la logique constitutionnelle, avant de prévoir des budgets pour l’animation et le fonctionnement des institutions comme la présidence de la République, le parlement, la Cour constitutionnelle, la Haac et consorts, il fallait au préalable faire autant pour leurs structures faîtières c’est-à-dire les partis politiques. C’est une exigence de tout Etat moderne. Contrairement à ce qui a été fait au lendemain de la conférence nationale où le parti unique (le Parti de la révolution populaire du Bénin) a été vite remplacé par le dénie de parti en lieu et place du multipartisme intégral galvaudé. Cela supposait tout simplement de faire jouer la concurrence dans l’animation de la vie publique en consacrant les ressources prévues à cet effet, non plus à un seul courant de pensée mais à tous les partis à audience nationale (les deux ou trois partis les plus représentatifs au sortir des urnes).

Allons au-delà de l’explication du texte constitutionnel. La question qui vient directement est de savoir à quoi sert le parti politique dans une cité normale. Partout ailleurs (sauf au Bénin), il est le lieu où des citoyens recherchent, de façon permanente, des solutions aux défis de la cité. Suivant un processus immuable qui part de l’idée (personnel), à l’opinion (cercle d’amis), au courant (parti), enfin au projet (nation). Le projet étant réajusté et actualisé à chaque instant dans le cadre du parti, conformément aux aspirations quotidiennes des citoyens. Des sortes de mini conférences nationales permanentes (et non sporadiques), laboratoires d’idées et de veille. Une manière d’apprendre aux citoyens à mettre en commun la réflexion, la validant avant de la portée sur la place publique. Tout le contraire, des jamborées (conférences souveraines) préconisés à chaque impasse. La politique doit se faire, à plein temps, au sein des partis politiques (républicains) et non dans les médias. Il serait alors malhonnête d’attribuer la panne du développement aux partis politiques actuels. Ces derniers n’ont fait qu’occuper un vide laissé par l’Etat béninois incapable de faire vivre la première institution constitutionnelle, et de doter l’arsenal juridique d’une législation sur son financement comme cela se fait dans tous systèmes multipartistes. Autant faire abroger cette disposition (article 5) dont personne n’en veut finalement.

Nous voici là où le dénie de parti nous a conduit…

Par Arimi Choubadé
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