Le Kenya n’est vraiment pas francophone !!!

mardi 2 avril 2013 par Arimi Choubadé

Pas de période postélectorale à plus de 3000 morts comme en Côte d’Ivoire ; de contre proclamation de résultats après la proclamation de l’instance arbitrale suprême comme au Bénin, au Gabon ou au Cameroun ; de blocage du processus électoral (Guinée Conakry, Togo) ; de coups d’Etat (Niger, Mauritanie, Madagascar) ; d’insurrection djihadiste ; de rébellions ; de palabres postélectoraux sans fin etc… Les Kényans sont en passe de réciter une maxime de plus en plus en vogue dans l’autre Afrique (celle non francophone) : toute crise doit avoir une fin. En vigueur partout ailleurs sur le continent noir où les parasitages en provenance de l’Elysée n’ont pas droit de cité : Libéria, Sierra Léone, Ghana et autres, mis à part le Zimbabwe de Mugabe voire le Nigéria dans une moindre mesure. Le principal perdant à la présidentielle a fini par appeler ses partisans à accepter le verdict du juge électoral suprême kényan. Le message de Raïla Odinga a le mérite d’ôter toute légitimité aux éventuels actes de défiance vis-à-vis du vainqueur officiel reconnu par les institutions du pays. Le vaincu s’est d’ores et déjà projeté dans le futur en prenant date sur les scrutins à venir.

En zone francophone d’Afrique, les gens ne sont certainement pas moins épris de paix. Néanmoins, il y règne une atmosphère d’insouciance déconcertante. En effet, la Côte d’Ivoire peut se permettre une crise électorale de 10 ans puisqu’elle sait que son Cfa ne court aucun risque parce que sous « bonne garde » d’un parrain et partagé par 13 autres Etats ignorant tout sur le sujet. Pas étonnant qu’au bout d’un an, cette même Côte d’Ivoire se prévaut d’une croissance à deux chiffres malgré la persistance sur son territoire d’attaques sporadiques d’inconnus armés, de velléités revanchardes d’une opposition encore fidèle à l’ancien président Laurent Gbagbo emprisonné à La Haye et de l’exile de nombreux dignitaires de l’ancien régime. Le modèle de réussite de cette Afrique-là (francophone) c’est donc la Côte d’Ivoire de Alassane Ouattara : des décennies de crise politique sur fond de rébellion, de violences postélectorales, d’exile, d’attaques sanglantes, de plusieurs milliers de morts.

Attendons-nous qu’on décrète pareille embellie économique sur le Mali un an après la reprise en main du pays par les militaires français comme cela s’est fait à Abidjan, à quelques nuances près. Puisque c’est le même parrain qui gère à la fois la monnaie, la défense, la diplomatie onusienne pour le compte de ses protégés. Que ne ferait donc pas l’Elysée pour montrer le bien fondé de ses expéditions militaires dans ces pays ? Au prix de déverser des milliards de subventions, d’inciter la bienveillance des instances financières internationales ou de manipuler à dessein les devises à leur profit ; même si leurs citoyens continuent de souffrir de la grisaille, de la misère et de l’insécurité quotidienne.

Kényans, Ghanéens, Libériens, Sierra léonais, Zimbabwéens eux savent ce que coute à leurs pays et surtout à leurs monnaies respectives chaque journée de tension ou de blocage politico-institutionnel. Si bien que malgré les conflits sociopolitiques voire ethnico-raciales, les acteurs sont contraints de rechercher constamment le compromis sans attendre l’intermédiation de parrains supposés ou réels. Ce sont des majeurs émancipés à l’assaut des opportunités sur marché financier international. Les investisseurs les apprécient sur la santé de leur monnaie et non sur la bienveillance calculée d’un protecteur militaire, diplomatique et financier. Il est donc impossible pour eux de faire des guerres, des pogroms, des charniers, des coups d’Etat, des conflits ethniques, des tripatouillages de constitution durant des décennies et retrouver une croissance à deux chiffres en l’espace d’un an. Seul le Cfa est capable d’un tel miracle même si ses utilisateurs se recrutent parmi les plus pauvres ou les plus appauvris de la planète.

L’Elysée y veille !!!

Par Arimi Choubadé
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