La police, les médias et les « malfrats » …

mardi 9 avril 2013 par Arimi Choubadé

Quelqu’un pour s’essayer à définir le mot « malfrat » au Bénin, en cette période de tractations autour des nominations à venir à la police nationale. Les médias de la place, quant eux, dispose d’une définition toute faite sur le sujet : il s’agit de tout individu pris dans une rafle et présenté à la presse depuis un commissariat ou une brigade de gendarmerie entouré d’hommes en uniforme. Tout ce que la police ou la gendarmerie ramasse au cours d’opérations de ratissage, y compris de pauvres innocents, passe devant la presse et prend le qualificatif de « malfrat », sans jugement et sans condamnation. Il suffit d’affubler chaque trophée (humain) d’un grotesque écriteau portant des inscriptions sous forme de qualifications d’infraction extrajudiciaires. On n’a même pas besoin du flagrant délit. Tant pis pour quiconque se trouverait au mauvais endroit au mauvais moment. Au risque d’émailler toute la procédure de multiples vices rédhibitoires.

Policiers et gendarmes de la République versent, ainsi, sans retenu dans l’humiliation de tout suspect devant logiquement jouir de la présomption d’innocence désormais remplacée par la présomption de culpabilité. Tout cela allègrement relayé dans les médias. Sur les postes téléviseurs défilent en boucle des individus dévêtus, visage tuméfié, terrorisé débitant des aveux les plus ahurissants parfois en se faisant aider de souffleurs ou de relanceurs invisibles à l’écran. À la fin, le téléspectateur a droit à un bonus sous forme de zoom sur les intrépides policiers et gendarmes comme dans un mauvais film. Tout le contraire de la discrétion habituelle observée autour des hommes employés dans les opérations antigang. « Malfrats » et hommes en uniforme sans cagoule ni brouillage d’images, coté à côte, comme au safari.

C’est à la police que s’observe, le plus, le coup d’accélérateur du phénomène ces dernières semaines. Curieusement, au même moment où ce corps devrait être débarrassé d’une trentaine de hauts gradés admis à faire valoir leur droit à la retraite. Tout est donc prétexte aux remplaçants potentiels pour se mettre en vedette. Rien qu’une simple rafle peut devenir un événement médias de grande envergure, d’exhibition voire de concurrence. D’abord, le chef de la police judicaire de la Direction générale de la police nationale, sur son trente un, à travers toutes les chaines de télé s’extasiant à propos des « malfrats » prétendument arrêtés à Abomey-Calavi, ravissant la vedette au commissaire de la ville concernée et même des autorités policières du département concerné. Réplique immédiate d’un autre prétendant, le commissaire central de la ville de Cotonou, lui aussi devant la presse, s’auto-investissant de la mission d’expliquer le message du ministre de l’Intérieur aux populations. Je m’excuse au passage auprès de tous ceux qui n’y comprennent pas grand-chose dans mes démonstrations puisque moi-même je m’y perds devant mon petit écran.

Et comme dans toute campagne médiatique stéréotypée à l’instar de celle précédant les élections politiques, les tribuns ne dérogent pas aux formules consacrées, en l’occurrence dans le cas d’espèce le sempiternel appel à la délation populaire. En clair, si la sécurité des biens et des personnes souffre autant ce n’est pas parce que les commissariats sont occupés par les tractations en vue de la nomination des prochains chefs de la police mais plutôt parce que les populations ne dénonceraient pas assez les « malfrats » tapis en leur sein. Passons les nombreuses sollicitations restées sans suite pour défaut de carburant dans le véhicule ou manque d’effectif au poste. Qu’on nous dise alors si les budgets consacrés aux renseignements ont été supprimés et que toute la sécurité du pays repose désormais sur les aptitudes de « kpakpato » des populations exactement comme du temps de la lutte contre les sorciers et les anarcho-gauchistes. Pendant ce temps, les vrais « malfrats » courent toujours.

Silence ! On se concerte autour de la nomination du nouveau Dgpn et collaborateurs !!!

Par Arimi Choubadé
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