De la vindicte populaire à la vindicte policière…

jeudi 11 avril 2013 par Arimi Choubadé

Le supplice de l’écriteau, vous connaissez ? Sort réservé à tous ceux qui sont tombés dans des ratissages d’agents en uniforme. Une sorte de vindicte policière consistant à exhiber des suspects sur les chaines de télé et de radio ainsi que dans les journaux avec un écriteau au cou où sont mentionnés nom, qualificatif de l’infraction et parfois nationalité de l’intéressé. Humiliation, atteinte à la dignité, maltraitance, extorsion d’aveux sous la violence ; tout y passe. Prière ne jamais succomber au piège d’une rafle ! Si cette vindicte policière parait moins radicale que la populaire plus sanglante et généralement fatale pour les victimes, elle n’en demeure pas moins pernicieuse. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une sanction extrajudiciaire, donc, illégale. Le supplice de l’écriteau a ceci de plus qu’il provient de représentants des pouvoirs publics, garants de l’ordre et des droits de l’homme. Contrairement au supplice du collier (vindicte populaire) commis pas une foule non identifiable et généralement ignorante de la dangerosité des sentences en dehors du prétoire.

On se demande si les auteurs du supplice de l’écriteau et leurs différents responsables étatiques mesurent l’impact de la mise à mal de l’aspect républicain de la police et de la gendarmerie nationales. Ce n’était pas un hasard si les pouvoirs publics ont fait supprimer la peine de mort en évitant le référendum et le débat public au risque de heurter une grande majorité de citoyens favorables à la peine capitale. Bien que son application ait été suspendue, de facto, depuis près de 30 ans. Son maintien faisait perdre au Bénin, chaque année, des points dans les classements des instituts de défense des droits de l’homme et dégradait un peu plus son image en matière de respect des principes d’un Etat de droit. À présent, il est à craindre que l’ampleur de la vindicte policière vienne annuler le gain de l’abolition de la peine de mort. En d’autres termes, lorsqu’un policier donne un suspect en pâture aux médias c’est tout le pays qui en pâtit dans ses relations avec ses différents partenaires en l’occurrence ceux impliqués dans la mobilisation de ressources au profit de la sécurité. Les spectacles de suspects exhibés à visage découvert dans les médias, sans jugement, contribuent à noircir davantage le tableau. Les rapports d’organismes de défense des droits de l’homme officiant sur le territoire béninois devraient être truffés de détails sur ces déviances admis et tolérés par tous. Des milliards en moins de primes à la démocratie si précieuses à un Etat dépourvu de ressources naturelles abondantes. Sans oublier tous les investisseurs inquiets de constater qu’un individu peut se faire arrêter et présenter à visage découvert aux médias par la police sans passer par le tribunal.

Les acteurs des médias ne sauraient partager la moindre responsabilité en matière d’observance des règles de procédure pénale. Ils ne font que couvrir des activités officielles de la police et de la gendarmerie dans les locaux mêmes de ces institutions républicaines. C’est tout aussi important pour les Béninois d’apprécier la conception de leurs officiers de police judiciaire, formés au frais de l’Etat, à propos de la présomption d’innocence. Ce n’est pas le devoir des journalistes d’apprendre aux policiers et aux gendarmes à respecter et surtout à faire respecter les droits de l’homme. Par contre, on peut suspecter l’usage de jetons de présence à l’origine de l’engouement des confrères sur ces séances de « présentation de malfrats à la presse » dans les commissariats et brigades de gendarmerie. Curieux que ces institutions qui se plaignent de dénuement, débordent de moyens lorsqu’il s’agit d’organiser des shows médiatiques autour du supplice de l’écriteau.

Quelqu’un pour aller leur dire d’arrêter tout ça, au nom de la loi et la police républicaine !!!

Par Arimi Choubadé
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